Article du 08/09/2011 à 09:54
Un cinéma,une histoire: Du cinématographe au cinéma,ou l'histoire du Palace de Surgères
Emmenée par le directeur, Bruno Maby, l'équipe du Palace vous accueille lors des projections ciné, des spectacles et des diverses animations. (photo montage L'HEBDO/Le Palace)
Poussez les portes du Palace et découvrez 80 années de cinéma et de spectacles. Une tranche d'histoire de la commune de Surgères qui s'est écrite grâce à ses protagonistes.

Harry Potter et les reliques de la mort 2', 'Le Journal d'une femme de chambre',  'Quai des brumes', 'La Jument verte', 'Papa Maman la bonne et moi', 'L'Homme qui tua Liberty Valance', 'Les Dix commandements'... Le cinéma le Palace de Surgères, c'est bientôt 80 ans d'histoire du 7e art. Mais tout commence bien avant cela... Si le Palace est aujourd'hui un espace culturel qui fonctionne en association, sous la houlette du président Alain Belly et du directeur Bruno Maby, la gestion de l'établissement a été privée même si les murs ont toujours appartenu à la commune. « C'est par le biais d'une étudiante en histoire à La Rochelle venue faire son mémoire sur le cinéma en 2004 que nous avons pu mieux connaître les lieux », explique Nadine Maby, chargée de communication au Palace. Car au tout début de son histoire, ce lieu était un théâtre situé déjà au-dessus des halles, le bâtiment occupant tout l'espace jusqu'au trottoir de la rue Audry-de-Puyravault : « Cette halle double a brûlé », ajoute Nadine Maby et la ville a racheté les « vieilles halles » au début du XIXe siècle : « Un marché y a été installé et à l'étage c'était une salle de justice avec une salle des pas perdus une appellation qui est d'ailleurs restée très longtemps même après le changement d'usage ».

La culture côtoie l'économie
C'est après une rénovation et un agrandissement effectué par la municipalité, vers 1838, que le culturel entre dans ces murs surgériens, avec des représentations théâtrales à partir de 1842. La culture côtoyait alors l'économie avec une salle de la bourse qui fixait le prix des denrées alimentaires, et ses halles toujours en dessous. Un nouvel incendie a dévasté ces halles à la fin du XIXe en épargnant le premier étage et donc le théâtre.
Au début du XXe siècle, cette salle représente alors le seul lieu accueillant des spectacles, avec « une salle éclairée au gaz et vers 1913 des bancs amovibles ont été installés pour pouvoir la transformer en salle polyvalente qui accueille un spectacle cinématographique régulier, la fin de l'exploitation foraine du cinéma arrivant autour des années 1920 », souligne Nadine Maby.

Cinéma et théâtre
C'est à cette période que l'exploitation en tant que salle de cinéma débute avec des exploitants locaux qui louent la salle à la municipalité. Et les représentations théâtrales qui se poursuivent également : « On avait ça très fort avec Le Palace de rendre à la salle ce qu'elle avait été avec le cinéma et le théâtre », commente Nadine Maby. Des pièces comme 'La Porteuse de pain' adaptation du roman de Xavier de Montépin et 'Les Deux orphelines' adaptation du roman d'Adolphe Ennery et Eugène Cormon y ont été alors montées. Côté cinéma, ce sont des films muets qui étaient projetés bien évidemment « sur un rideau de toile tiré sur la scène ». Plusieurs personnes se relaient alors d'années en années en tant qu'exploitant de la salle : « Arthur Carteau, employé chez Poyaud, a été le premier. Puis, MM Charrut et Mouligneau. Mme Merleau, la femme de l'épicier vers 1923, elle a fait d'ailleurs construire un écran en brique plâtré et projetait beaucoup de films à épisodes. Puis M. Poisson, propriétaire du cinéma de Tonnay-Charente et M. Astrua qui a rénové la salle en 1926. » La salle connaît un tournant décisif en étant exclusivement réservée au cinéma et en prenant pour la première fois le nom de 'Ciné Palace'...

Jean Baudion reprend la gérance
C'est en tout huit locataires qui se sont succédé de 1920 à 1932.Jusqu'à la reprise de l'exploitation de la salle par Jean Baudion (1932) avec son cousin germain Fernand Daulin. Ce dernier dirigeait également l'Appollo Palace et l'Alhambra à Rochefort, entre autre : « Il était président du groupement des cinémas du Sud-Ouest, le premier groupement cinématographique ».
Diriger un cinéma n'était pas forcément le destin de Jean Baudion. Originaires de Bourgogne, les parents de ce dernier y étaient agriculteurs. Ferdinand Baudion, fils aîné de ce dernier raconte : « Mon père n'avait pas envie de faire de l'agriculture, alors ses parents et son cousin germain ont cherché à l'installer. » Ils ont alors racheté le fonds de commerce du Ciné-Palace en 1932. C'est d'ailleurs à Surgères que Jean Baudion fera la connaissance de sa première épouse, Andrée Moreau, tout près du cinéma, à l'heure où le cinéma parlant envahit de plus en plus les écrans. C'est au tour de Dominique Richard, née Baudion, cadette de cette première union de raconter : « Maman était la fille de propriétaire du Café des Halles, aujourd'hui Grand Café ».

Après avoir été fermé en 1939, puis rouvert sous l'occupation allemande, cette dernière apporte au cinéma son lot de films de propagande, avant la libération en 1945 et l'âge d'or du cinéma américain.

Né en 1935, Ferdinand Baudion, a grandi en courant dans les allées du Ciné-Palace, mais bientôt la guerre entraîne la fermeture des portes de la salle obscure avec un arrêté paru en septembre 1939. Il rouvrira cependant durant l'occupation allemande avec une tout autre programmation : « C'était l'époque de la censure et des maisons de films allemands, avec beaucoup de films à l'eau de rose et très orientés », explique Ferdinand Baudion.
Puis, à la libération, commence l'âge d'or du cinéma et donc du Ciné-Palace avec la renaissance du cinéma français et la ruée des films américains, en couleur : « Et il n'y avait que le cinéma comme distraction à cette époque », commente Dominique Richard. On y projetait des films comme 'Don Camillo', 'Casablanca', 'Quai des Orfèvres', 'La Belle et la bête', 'Laurel et Hardy', « et les films de John Wayne beaucoup aussi », ajoute Fernand Baudion, qui devient projectionniste au Ciné-Palace, une activité qu'il occupera jusqu'en 1961 : « Projectionniste, mais il fallait aussi entretenir le cinéma ». C'est d'ailleurs au cinéma qu'il a rencontré son épouse qui venait en tant que spectatrice. Une époque prospère pour le cinéma qui agrandira sa salle pour compter
350 fauteuils : « On a pris sur la salle des pas perdus où les gens se détendaient pendant l'entracte », raconte Ferdinand Baudion.
Une époque florissante pour la ville de Surgères aussi, où l'activité économique et la vie de la cité étaient très actives : « C'était un autre Surgères, la ville était très animée avec ses foires. Et il y avait de l'industrie avec Poyaud et la laiterie et donc du travail », décrit Fernand Baudion.

Ouverture d'un 2e cinéma
L'unique cinéma de Surgères, verra l'arrivée d'un 'petit frère' inauguré le 15 avril 1957, le Club : « Mon père l'a fait construire en bordure du terrain de la maison », explique Dominique Richard. C'est aujourd'hui un magasin toujours situé place de l'Europe. Un projet titanesque qui a coûté à l'époque 11,5 millions de francs et sera baptisé le Club (500 places). C'est dans ce dernier que Dominique Richard, qui avait environ 5 ans lors de l'ouverture du Club, a appris à faire du patin à roulette : « Petite fille, je descendais les allées sur mes patins ». Et c'est dans cette salle qu'elle a connu ses premiers émois cinématographiques : « J'adorais les Peplum, 'Ben Hur' ou 'Les Dix commandements'. J'aimais bien les 'Sherlock Holmes' aussi. »

La télévision annonce le déclin du Ciné-Palace
Mais voilà, l'heure de la télévision avait déjà sonné et l'activité des cinémas commençait à baisser. Mais selon Nadine Maby, la télé n'est pas la seule fautive : « Il est vrai que les gens ont changé leurs habitudes de loisirs, mais il y aussi eu l'émergence à la fin des années 60 de la nouvelle vague. Le cinéma français était devenu élitiste. » C'est à la même époque que le cinéma le Club devient Le Ronsard : « On n'a pas eu le temps de poser les lettres qu'il a été loué au magasin Leclerc ! », intervient Dominique Richard. Il appartenait alors à Andrée Moreau, qui avait reçu le cinéma en partage des biens du couple Baudion alors divorcé. Les locaux seront ensuite vendus à la fin des années 80.
Jean Baudion a continué à diriger le Palace, dorénavant en situation de monopole cinématographique, mais il baissera le rideau sur l'écran immaculé en 1975 : « Le cinéma était en perte de vitesse partout en France, le prix des places sans cesse en augmentation n'a pas aidé. » La salle a ensuite permis à l'amicale laïque de projeter quelques 'Connaissances du monde', pour une exploitation du cinéma sous forme de ciné-club. Et c'est avec un projet municipal puis communautaire de faire du lieu un centre multimédia, que les élus locaux ont engagé de gros travaux en 1987 qui dureront 6 mois : la salle de cinéma perdure (214 places) avec une salle plus petite pour y organiser des activités liées au multimédia. Le cinéma se voit aussi doté d'ascenseurs. Le tout pour un investissement d'environ 2 millions de francs.

La renaissance de la salle et au-delà
C'est ainsi que le Palace rouvre en 1987, sous la direction de l'entreprise Urbamédia, pour devenir « un outil éducatif pour les scolaires », souligne Nadine Maby. Et les projections repartent 5 jours par semaine à l'époque de 'Top Gun' ou encore 'Jean de Florette'. Urbamédia se désengage en 1990 et la gestion de l'établissement passe alors du côté associatif par le biais du Cal (Comité d'animation local), présidé par Henri Beyssat. Bruno Maby devient le directeur du Palace, en 1991, avec la lourde charge d'être seul à ses débuts et possédait donc diverses casquettes dont celle de projectionniste. Puis, l'équipe s'est étoffée d'une autre personne pouvant assurer les projections passées à 6 jours/7. Le Cal regroupait à l'époque plusieurs sections autres que le cinéma : le comité des fêtes et l'école de musique.

Une association indépendante
Nouveau changement de statut en 2001-2002 avec la création d'une association à part entière dédiée au cinéma, présidée par Alain Belly depuis 2003 : « Pour se développer, le Palace avait besoin d'être indépendant, ce que la municipalité de l'époque menée par Jean-Guy Branger a très bien compris ». Le Palace compte aujourd'hui huit salariés toujours sous la direction de Bruno Maby et est devenu un réel lieu de vie de la commune de Surgères. Outre le cinéma, avec la projection de films 3D depuis peu, les spectacles ont repris en 2001 avec une première coproduction avec la Région de 'Cuisines' de Sylvaine Zaborowski, réalisée en 2011. Et la création du Café des Images en 2005, partie multimédia qui accueille particuliers de tous âges allant des adolescents aux seniors. Ainsi que les scolaires, 5 500 d'entre eux ont bénéficié des animations concoctées par la structure l'an passé. Aujourd'hui le Palace n'est donc pas seulement un cinéma : « Le multimédia a apporté une vie permanente dans un lieu qui sinon ne serait ouvert que pour les séances, donc occasionnellement, assure Nadine Maby. L'équipe a réussi à en faire un lieu de création car le cinéma permet de partager avec le plus grand nombre ce qui est fait ici. »

Renseignements : Espace Culturel Le palace : rue des Trois Frères Nadeau, 17 700 Surgères ; Site : www.lepalacesurgeres.fr

Article rédigé par :
Carine FERNANDEZ

Les halles comme elles étaient en 1939, allant jusqu'à la rue Audry. Derrière celles-ci, le Ciné-Palace. (Repro L'HEBDO)
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