Article du 30/04/2009 à 08:45
Téléchargement illégal sur Internet : La cavaleriecontre les pirates du Net
Tant que les fans se déplaceront en masse vers les concerts la musique et les artistes conserveront leur place dans le paysage culturel. Et précisément, la tendance est au retour sur scène. Bonne nouv
Quand paraîtra ce 603e numéro de l'Hebdo, les députés voteront le jour même pour ou contre la loi 'Création et Internet' dite 'loi Hadopi', censée tordre le cou au téléchargement illégal sur Internet. Gageons que l'UMP aura battu le rappel de ses troupes et que le PS n'aura pas de parlementaires cachés dans le placard. On peut parier, sans trop se tromper, que les députés UMP qui se sont déclarés contre, voteront pour, afin de ne pas essuyer les foudres du président. Prenons donc le pari que les députés ont finalement eu la peau du téléchargement illégal. Qu'en pensent nos professionnels locaux, artistes, producteurs ? Avec en prime, les confessions d'un pirate.

La piraterie est devenue un fait de société. Les uns sévissent au large de la Somalie, d'autres ont lancé leurs attaques à l'échelle mondiale, sur la toile de l'Internet. Les premiers ont les marines du monde entier à leurs trousses, les seconds ont maintenant aux fesses la loi Hadopi, adoptée à l'arraché au deuxième essai par des députés enjoints d'être présents dans l'hémicycle mercredi 29 avril, histoire de ne pas ridiculiser une seconde fois leur assemblée.
Le téléchargement de musique et de films est devenu une véritable institution et que celui qui n'a jamais téléchargé me jette le premier clavier. La tentation est trop grande et télécharger est d'une simplicité biblique. Tellement simple qu'on en oublie les conséquences. Et puis, Internet c'est l'accès illimité à tous les savoirs, un réseau mondial d'échanges de tous ordres, alors pourquoi soudainement priver les internautes d'une branche de ce réseau. C'est ce que disent les pirates du Net qui oublient que derrière une création il y a un créateur, et que certains ont fait de la création leur job. Ce truc qui permet de mettre quelque chose dans l'assiette chaque jour.

Sus au Far West high tech

C'est sous la pression des lobby du disque, du cinéma et de la culture en général que le président de la République a décidé de lancer ses troupes sur la question du téléchargement illégal, pour en finir avec le 'Far west high tech' et « cette zone de non-droit où des hors-la-loi peuvent piller sans réserve les créations ». Ainsi est né le projet de loi 'Création et Internet' dont l'objet premier est de réprimer le téléchargement illégal. Une loi également appelée Hadopi, du nom de la haute autorité qui aura la charge de la faire respecter, qui a bien du mal à passer le cap du vote parlementaire. Et pour cause ! Aucune loi française n'aura été aussi mal ficelée. Partant de bons sentiments que peu contestent, à savoir que le téléchargement illégal est un vol qu'il convient d'empêcher et/ou de punir, cette loi pèche par son côté quasi inapplicable, ses failles juridiques et pratiques, l'argent fou qu'elle va coûter, la facilité avec laquelle elle pourra être contournée. Bilan : c'est une nouvelle usine à gaz qui débarque dans l'appareil français, une loi de plus dont l'application sera plus qu'aléatoire. Les petits malins du téléchargement ont déjà les parades pour continuer leur pillage du Net et le secteur informatique se frotte les mains et astique le tiroir-caisse puisque la loi Hadopi prévoit d'exonérer de poursuites ceux qui auront acheté et installé certains logiciels désignés par la haute autorité leur permettant d'éviter de se faire pirater leur connexion. Mais la loi ne précise pas si ces logiciels se contenteront d'empêcher votre voisin de pirater votre connexion sans fil ou s'ils traqueront vos moindres faits et gestes informatiques.
Reste à savoir si le téléchargement illégal ruine réellement les secteurs de la musique et du cinéma. La baisse de chiffre d'affaires étant avérée depuis 10 ans, la vraie question est en réalité : le téléchargement illégal pénalise
qui ? Les commerçants, vendeurs de CD et DVD, c'est certain. Les producteurs également. Les artistes aussi, mais pas tous à la même hauteur. Malgré le téléchargement illégal, Johnny Hallyday continuera à s'acheter des chalets en Suisse, des Harley-Davidson aux USA et des lunettes Optic 2000 en France. Ce qui n'est pas du tout la même chose pour un Pascal Ducourtioux, jazzman de grand talent du catalogue Cristal Production, qui doit compléter ses revenus de musicien par d'autres activités.

Le marché qui échappe aux majors

Selon le ministère de la culture, plus de 1 milliard de fichiers (musique + films) seraient téléchargés illégalement en France chaque année. Ce qui ne signifie pas que leur équivalent en espèces sonnantes et trébuchantes manque dans les caisses de l'industrie et dans la poche des artistes. Pour vulgariser l'acte du téléchargement illégal, les professionnels prennent tous, comme un leitmotiv, l'exemple du boulanger auquel on vole une baguette. Si tous les clients faisaient de même, le boulanger mettrait fatalement la clé sous la porte. Il en serait de même pour l'industrie du disque et du film. À la différence que la baguette disparaît physiquement des rayons du boulanger et son équivalent n'entre pas dans la caisse. Le fichier musical ou le film téléchargés restent, eux, au catalogue de l'industriel et pourront être achetés par des amateurs plus scrupuleux et plus respectueux des artistes. Un distinguo à apprécier, qui vient battre cet exemple en brèche.
Il suffit de considérer que les plus combatifs en faveur de la loi 'Création & Internet' sont les patrons (ou ex-patrons) des grands groupes industriels et majors, pour comprendre qu'ils ont trouvé dans le téléchargement illégal un coupable facile pour justifier leur manque d'anticipation sur un marché en pleine mutation qui leur échappe. Après avoir initié les outils et l'esprit du téléchargement, les voilà aujourd'hui rattrapés et dépassés par de fins entrepreneurs aux modèles économiques très différents des leurs, qui explorent d'autres voies de diffusion pour les artistes, et leur proposent d'autres types de contrats plus équitables.
La loi Hadopi et les passions qu'elle suscite a au moins le mérite de lancer le débat sur de vraies questions. Qu'est-ce qu'un artiste ? Qu'est-ce que la création ? Quels canaux de diffusion ? Qui se goinfre et qui rame ? Qui pâti le plus du téléchargement illégal ?
 
Et vous, que pensez-vous du téléchargement illégal ? Réagissez dans la rubrique 'Dossier'
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Le dossier
Le 12 décembre, à 7 h 45, en gare de Poitiers, un groupe de femmes, trente-cinq au total, a pris le train pour Strasbourg, destination le Parlement européen, pour une visite guidée, par la députée européenne Élizabeth Morin-Chartier, élue de la très grande région 'Grand ouest': Bretagne - Pays de Loire - Poitou-Charentes.