Article du 30/04/2009 à 08:45
Réglementer, mais pas n'importe comment
ristal Groupe, est favorable à une loi qui réglementerait le téléchargement, mais pas faite n'importe comment, comme ça semble être le cas avec la loi 'Création & Internet'. (photo J.-P. B.)
Éric Debègue est directeur de Cristal Groupe, le seul producteur de musique du département. Pour lui, il faut une loi pour endiguer le téléchargement illégal. Mais seulement une loi.

Cristal Groupe est une association qui se décline dans les différents secteurs de la musique, de la production à l'enregistrement, en passant par la vente de supports et l'organisation d'événements musicaux et culturels. Autant dire que le téléchargement touche le groupe à bien des niveaux. Si Éric Debègue, directeur de la structure, fustige effectivement le téléchargement illégal, il n'en dénonce pas moins les insuffisances de la profession et le laxisme institutionnel qui ont conduit à la situation que l'on connaît aujourd'hui.
Éric Debègue : Il faut une loi pour réguler le téléchargement, ça c'est une certitude, même si celle qui est proposée aujourd'hui est loin d'être parfaite. Mais ne rien avoir serait d'autant plus dramatique. Je ne suis pas quelqu'un qui brandit l'accusation du téléchargement en disant que c'est à cause de lui que le marché du disque va mal. J'entends aussi le contraire, c'est à dire que les maisons de disque font de la rétention en ne mettant pas leurs oeuvres en téléchargement légal, ce qui est complètement faux. Aujourd'hui, toutes les maisons de disque ont leurs titres en téléchargement légal et celui-ci ne décolle absolument pas. Parce que justement il est légal. Pourquoi payer quand on peut avoir gratuitement la même chose ? Ça prouve bien que le téléchargement illégal est un vrai problème, un vrai fléau pour la diversité culturelle.

Mais le téléchargement ne va-t-il pas dans le sens de la promotion des artistes ?
Éric Debègue : Oui, Internet permet d'accéder à beaucoup de choses, c'est un accès à la culture, mais encore faut-il que ceux qui en profitent paient pour ce service, parce qu'à terme il n'y aura plus d'argent pour que les artistes puissent continuer à écrire, composer et vivre de leur métier.

L'industrie du disque n'a-t-elle pas un grand mea culpa à faire quant à la situation actuelle ?
Éric Debègue : Même si le téléchargement illégal n'est pas, à la base, la cause de chute des ventes de disques - à mon avis il y a beaucoup d'autres raisons - il a été, à un moment donné, la porte ouverte à tous les excès. Oui les maisons de disques et les radios peuvent s'en prendre à elles-mêmes. Pendant des années, elles ont fait n'importe quoi avec les prix des produits qui changeaient sans arrêt, et les radios ont contribué au rétrécissement des playlists. Il y a 10 ans, il y avait 2 000 titres qui passaient
10 fois, aujourd'hui c'est 10 titres qui sont diffusés 2 000 fois. Le Net est arrivé à un moment où l'on prenait les gens pour des cons, avec une fenêtre grande ouverte sur le monde et le problème c'est qu'on a pas réagi assez vite pour réguler cet excès de liberté et ça a créé une dévalorisation de la musique.   

« Ne pas tout donner gratuitement »

La clientèle n'est également plus la même...
Éric Debègue : Effectivement, on va demander à des jeunes de 12 à 16 ans de payer pour quelque chose qu'ils ont toujours eu gratuitement. Ceux-là n'ont jamais acheté un disque de leur vie. Pour eux, la musique c'est gratuit. Si, dès le départ on avait sensibilisé les gens sur le fait que le téléchargement c'est du vol, on n'en serait pas là aujourd'hui.
Ressentez-vous les effets toxiques du téléchargement dans votre chiffre d'affaires ?
Éric Debègue : Oui, on le ressent énormément dans nos chiffres d'affaires et de moins en moins d'artistes vivent de leur métier. Je ne parle pas des Cabrel et autres Johnny, mais d'artistes qui n'arrivent même pas à gagner le Smic. Ça devient très grave et très préjudiciable.
Certains artistes disent que le téléchargement fait leur promotion.
Éric Debègue : Oui, mais seulement s'il est régulé. C'est l'écoute qui permet de faire de la promotion, pas le téléchargement. Il ne faut pas mélanger. Les artistes qui disent ça ont tort. On ne vie pas du téléchargement illégal. Alors mettre des titres en écoute gratuite (streaming) pour susciter un intérêt qui va inciter les gens à acheter le CD, d'accord, mais il ne faut pas tout donner gratuitement.
Si le téléchargement est le nouveau mode de diffusion, pourquoi ne pas développer le téléchargement légal ?
Éric Debègue : Cristal a un catalogue de 350 albums aujourd'hui, ce qui représente environ 4 000 titres. L'intégralité est disponible en téléchargement légal. Aujourd'hui, mon chiffre d'affaires à l'année pour le téléchargement légal, pour l'entièreté de mon catalogue, c'est 3 000 €. Qu'est-ce qui fait avec ça ? On en revient toujours à la même chose : pourquoi payer quelque chose qu'on peut avoir gratos ? Je ne jette pas la pierre aux jeunes, aux gens qui téléchargent illégalement. On ne leur a rien dit pendant des années, tous les fournisseurs d'accès, toutes les sociétés de téléphones portables ont fait du profit sur le dos de la musique en mettant en avant des arguments de type : achetez mon portable parce que vous y mettrez plus de musique que mon concurrent. Et à ces gens-là on ne dit rien, alors que c'est à cause d'eux qu'on subit tout ça. C'est eux qui ont incité les jeunes à télécharger de la musique en vantant la capacité de leur produit à stocker de la musique téléchargée illégalement. Pareil pour les fournisseurs d'accès qui faisaient leur promo sur leur bande passante de meilleure qualité permettant de mieux télécharger.
Que pensez-vous de la licence globale ?
Éric Debègue : Payer 10 € pour télécharger tout ce que l'on veut, moi je suis contre ça parce qu'il n'y a que les gros qui vont gagner de l'argent. Tous les petits producteurs indépendants comme moi ne toucheront qu'au prorata des albums qu'on sort et des ventes physiques qu'on fait. Autant dire qu'on n'aura rien. Pour le coup, les titres des indépendants seront proportionnellement plus téléchargés que ceux des grosses boîtes.

« Il faut arrêter de faire n'importe quoi »

Êtes-vous inconditionnellement favorable à la loi
Hadopi ?
Éric Debègue : Il n'y a pas de bonne loi aujourd'hui et sur la loi Hadopi je mets des réserves et des inquiétudes sur trois points. 1 : La mise en place me semble problématique, 2 : les petits malins pourront toujours pirater le code IP du voisin et c'est ce dernier qui se fera couper la ligne,
3 : le problème va se déplacer vers les sites d'écoute libre comme Deezer ou Last.fm Les gens ne pourront pas télécharger mais ils pourront toujours écouter gratuitement et ils n'achèteront pas de CD pour autant. Il faut donc que la loi prévoit aussi quelque chose sur le streaming. Il y a aussi un truc complètement ambigu sur lequel le gouvernement devrait se pencher. Comment peut-on autoriser à la vente et à moindre coût (39 €) des lecteurs Divx qui permettent de lire les fichiers vidéos téléchargés illégalement et gravés ? Là, j'ai du mal à comprendre.
À qui ça profite tout ça ? Comment voulez-vous que le public lambda s'y retrouve et comprenne la loi Hadopi puisqu'on tolère le téléchargement illégal en vendant les supports pour le lire.
On jette la pierre aux pirates, mais la vraie faute n'est-elle pas ailleurs ?
Éric Debègue : Je ne casse pas du sucre sur le dos des gens qui téléchargent, mais j'ai l'impression qu'il n'y a pas de vraie volonté de réguler ce problème. Il y a trop d'années que ça dure et je ne comprends pas pourquoi il faut tant de temps pour régler un tel problème. En octobre 2008, lors d'un colloque, le directeur de l'Observatoire de la musique nous a annoncé que
50 % de la profession, de ma profession, qui a disparu en 3 ans. On attend quoi pour faire quelque chose ?
Comment fait Cristal pour survivre dans ce contexte ?
Éric Debègue : Si on est encore là, c'est qu'on a su anticiper. On n'a pas licencié, on maintient l'activité parce qu'on l'a fait évoluer vers autre chose. Mais tout le monde aurait pu le faire et on aurait pu éviter l'hémorragie bien avant.
Plus que la répression, c'est peut-être d'éducation qu'il faudrait.
Éric Debègue : Oui, mais à condition d'employer des messages forts et donner les bons arguments. On fait des pubs avec des artistes millionnaires, qui roulent en Porsche, et qui lancent : 'Ne me téléchargez pas illégalement'. Le mec qui gagne 1 000 € par mois, il se dit quoi quand il voit cette pub ? Eh bien, il se dit que ce n'est pas son téléchargement qui va faire crever de faim cette star millionnaire. Non, faut arrêter de faire n'importe quoi ! Il faut juste expliquer que le téléchargement, c'est du vol.



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Le dossier
Le 12 décembre, à 7 h 45, en gare de Poitiers, un groupe de femmes, trente-cinq au total, a pris le train pour Strasbourg, destination le Parlement européen, pour une visite guidée, par la députée européenne Élizabeth Morin-Chartier, élue de la très grande région 'Grand ouest': Bretagne - Pays de Loire - Poitou-Charentes.