Port d'Envaux : Les Lapidiales, espace de liberté créative

Terre Planète vie de Tutu Patnaïk, ici en plein travail. (photo A. C.)
À Port-d'Envaux, il est un lieu unique au monde où l'art s'inscrit dans la pierre calcaire d'une ancienne carrière, dans la fraîcheur des bois. C'est là que
des sculpteurs du monde entier taillent la pierre
à même la paroi
pour en faire surgir figures allégoriques et éclats
de vie. Visite et histoire
du site des Lapidiales.
En suivant les rives sinueuses de la Charente, un petit port d'un autre temps, Port-d'Envaux, majestueux. De maisons bourgeoises en ruelles pavées, l'existence d'un espace de sérénité se découvre à 1 km du village. Puis poursuivant la déambulation, un bois clairsemé de cailloux particuliers s'ouvre au regard des curieux. Imaginez, marchand de par les sentiers couleur champagne, entrer progressivement dans une grotte miraculeusement travaillée. Les parois creusées de remarquables sculptures - bien étranges d'ailleurs - s'érigent noblement. Intriguées, les pupilles se dilatent alors devant cette façade aux scènes allégoriques manifestes.
Un creuset de vibrations
Depuis le 1er mai et jusqu'au 30 septembre, comme chaque année depuis 9 ans, l'ancienne carrière résonne des top, top, top et des toap, tiop, toap (selon la densité de la pierre) des outils manuels des sculpteurs qui donnent libre cours à leur imagination et à leur inspiration. Ouvert à tous, l'accès au site est libre. C'est l'assurance de faire des rencontres somptueuses, voire de s'initier à l'art de la sculpture et de participer aux ateliers organisés pour le public. Du languedoc à la vallée du Rhône, du Luberon à la Touraine, Alain Tenenbaum, l'initiateur des Lapidiales, a mis 5 ans pour trouver le site idéal pour cette aventure en sculptures.
C'est donc en 2000 que Les Lapidiales ont été inaugurées en présence d'Ousmane Sow, sculpteur de renommée internationale, parrain de l'événement, dont l'appui et la présence apportèrent illico un bon crédit. L'idée initiale d'Alain Tenenbaum était d'avoir « un chantier dont on ne voit pas la fin » et d'y déambuler à loisir, librement, voir émerger les oeuvres, suivre leur évolution, leurs transformations, leur disparition parfois.
2001, voit la première pierre taillée lors du premier symposium sur le thème Totem. En 2002, commence les premières sculptures dans le front de taille ; période des premières résidences de sculpteurs (de mai à septembre). La démarche de cooptation entre sculpteurs fait partie de la stratégie. Disposer d'artistes compétents, révélateurs d'un esprit d'ouverture semble une évidence. En rien il n'y aurait de concours en art. Il en est de même pour les artistes ! Sur le terrain, devant chaque oeuvre réalisée se tient une affichette en bois sur laquelle est inscrit de nom de l'auteur qui a réalisé ce creuset de vibrations.
Les thèmes traités chaque année font référence essentiellement aux éléments : l'eau (Univers du fleuve), la terre (Terre planète Vie, Dans le ventre du Monde), le feu (Monument aux morts pour rien) et l'air (Spiritualité, De l'abîme à l'Azur). Il reste à traiter le thème du temps pour lequel les artistes pourraient s'inspirer des paroles d'Auguste Rodin : « Un art qui a de la vie ne reproduit pas le passé ; il le continue ».
Un projet à tiroirs
En 2004-2005, la sécurisation du lieu est faite à la demande du bureau de l'association. La mairie, attribuant le site pour la réalisation du projet, dut investir entre 150 à 200 000 euros (filets, grillages, accès impossible en haut). Quant à l'association, elle verse symboliquement une redevance de
15,50 euros par an à la mairie.
Chaque année, 300 à 370 000 euros de subventions sont allouées selon les accords passés avec les financeurs publics et l'opération ne reçoit pas de mécénat privé. Concernant les sculpteurs en résidence, 12 mois en tout sont comptabilisés afin de soutenir le dossier financier devant les institutions publiques. Toute l'année, même en période hivernale, le site et les sculpteurs reçoivent quelque
40 000 visiteurs, habitants de la région, curieux de passage et amoureux des arts.
Le succès assuré, l'essaimage du projet est déjà envisagé. « La suite des Lapidiales serait le lien culturel, lance Alain Tenenbaum. Aussi, en 2011-2012 se projette un espace contemporain, un itinéraire de monolithes posés en une Agora au départ - métaphore des 5 continents - puis progressivement représentatifs d'une galaxie, telle les cultures du monde ».
Au coeur de ce dispositif, les enfants ne sont pas oubliés, ils en sont même partie intégrante avec la proposition de nombreux stages de gravure, de sculpture et d'écriture. « Ce projet à tiroirs, comme aime à le rappeler Alain Tenenbaum, s'érige en une action non sectaire. Les gens s'ouvrent aux autres. En quelque sorte changer son regard, accepter la transformation et devenir des spectateurs curieux ». Voilà un message riche de sens !
Découvrir les Lapidiales, savourer les sculptures, suivre la progression est un cheminement fabuleux, non comme les musées de sculptures en plein air de Paris*, mais en un espace émouvant/envoûtant de sculptures de vie. Et cette fois-ci en province s'il vous plaît. Alors, n'hésitez pas, déplacez-vous à Port-d'Envaux.
Les Lapidiales, mairie, 17350 Port-d'Envaux, tél. (A. Tenenbaum) 06 76 82 11 02 ; www.lapidiales.org
* Paris : 600 sculptures à ciel ouvert par Frédéric Tran, Édition Bonneton Paris, mars 2005, 15 euros.