Opposition : Les affaires reprennent !

Le noyau dur des 'Couleurs vivent' en ordre de marche. (photo J.-L. M.)
D'aucuns jugeaient assourdissant le silence des 'Couleurs vivent',
la liste présentée par l'opposition aux élections municipales de mars dernier. Selon son leader, Stéphane Foulon,
elle prenait ses marques, s'installait, apprenait
et réfléchissait à l'attitude à tenir. Elle est aujourd'hui en ordre de marche.
Dimanche 9 mars 2008, peu avant 20 h, les résultats tombent. Liste 'Agir pour Surgères' : 1 657 voix. Liste 'Les couleurs vivent' : 1 316 voix. La liste sortante de Philippe Guilloteau l'emporte avec 55,73 % des suffrages, laissant 44,27 % à l'opposition conduite par Stéphane Foulon.
La partition de cette campagne se sera quasiment jouée à une seule voix, celle des 'Couleurs vivent', qui a multiplié les meetings participatifs, qui a établi son QG dans un local de la rue Audry et dont les militants ont été très présents, chaque samedi matin, sous la halle métallique. De son côté, l'équipe sortante n'a pas fait le même bruit, misant plutôt sur un bilan qu'elle jugeait suffisamment satisfaisant pour faire office de campagne.
Au lendemain de l'élection, le soufflé est retombé pour les uns, la routine a repris ses droits pour les autres et Surgères a retrouvé son habituelle placidité.
Six mois après, quelle analyse faites-vous du résultat des élections ?
Stéphane Foulon : « Mon analyse c'est que ce n'est pas la majorité qui a gagné cette élection, mais l'opposition qui l'a perdu au travers des 1 400 Surgériens qui se sont abstenus. La droite n'a pas fait plus que ce qu'elle a toujours fait à Surgères depuis 35 ans, c'est-à-dire entre 1 500 et 1 600 voix. Elle n'a rien gagné dans cette affaire. J'en appelle donc à l'engagement citoyen de cette population qui, aux élections présidentielles, régionales et législatives, a largement voté à gauche. Nous, il nous a manqué 300 voix pour passer, elles sont là, quelque part dans les 1 400 abstentions ».
Que sont devenus les 'Couleurs vivent' depuis les élections ? Les Surgériens n'en ont pas beaucoup de nouvelles.
Stéphane Foulon : « Depuis le mois de mars, nous étions en position d'observation, d'écoute, de compréhension, avant de nous positionner. On a découvert, à la fois, le fonctionnement du Conseil municipal et des commissions dont la mise en place a quand même pris un mois et demi. Les six élus de l'opposition sont aujourd'hui présents dans toutes les commissions municipales, nous avons un élu à la CDC, (Ndlr. Gilles Tasset) et un autre au Pays d'Aunis (Ndlr. Antoinette Lebot). Mais que les Surgériens soient en attente des 'Couleurs vivent', ça me semble logique ».
C'est l'intérêt collectif qui prime
L'opposition de la mandature précédente avait demandé tout ça sans l'obtenir. L'opposition serait-elle désormais mieux considérée à Surgères ?
Stéphane Foulon : « Depuis le départ, j'ai formulé des demandes très claires. J'ai demandé un bureau, je l'ai obtenu. J'ai demandé que l'opposition soit présente dans les commissions, à la CDC et au Pays, je l'ai obtenu. Il s'est établi des relations relativement courtoises entre les élus de la majorité et ceux de l'opposition. Cela dit, cette façade courtoise masque des comportements qui nous surprennent et nous interrogent. Mais, je suis convaincu que pendant la campagne, il s'est passé quelque chose à Surgères grâce à l'action que nous avons menée ».
Est-ce à dire que cette relation courtoise peut conduire sur un vrai travail en concertation ?
Stéphane Foulon : « Que nous nous retrouvions dans l'opposition, ce n'est pas grave dans la mesure où cette relation courtoise existe. Mais, il faut que cette relation courtoise débouche sur une vraie relation de projets. On ne défend pas un intérêt partisan. Gauche, droite, on s'en fout aujourd'hui. C'est l'intérêt collectif et public qui prime. J'ai eu à rencontrer Catherine Desprez sur le sujet du développement durable. Or, je suis prêt à échanger avec elle sur ce sujet-là à la seule condition que nous puissions voir, nous opposition, une cohérence dans les projets d'aménagement et une transversalité. Ça ne m'intéresse pas de faire du rapport de force ou de la défense d'intérêts privés.
Cela fait 6 mois maintenant que vous pratiquez les conseils municipaux. Quel(s) sentiments(s) en tirez-vous ?
Stéphane Foulon : « Je dirais que, dans les conseils municipaux, je m'ennuie un peu. Et je ne suis pas le seul... Il y a trois ou quatre personnes qui parlent et tous les autres qui se taisent. Ce qui est très gênant dans ce fonctionnement, c'est ce qu'on vient de découvrir dernièrement et j'en reviens aux relations courtoises qui masquent des comportements surprenants. Premier exemple : un terrain place Georges-Brassens dont la vente traîne depuis 2 ans. J'ai fait part à Guy Beugnon d'une idée portant sur la construction d'un petit immeuble haute qualité environnementale sur cet emplacement. Eh bien, quelques semaines plus tard, le terrain était vendu et donc le projet ne pouvait pas se faire. Exemple numéro deux : le chemin de La Grève dont on teste un nouveau plan de circulation. J'ai été invité à cette première réunion avec la population, très bien, il est important d'échanger avec la population que des projets la concerne directement. Mais, on a oublié de m'inviter à la réunion publique concernant le centre de placement éducatif pour mineurs.
Ce centre ouvert pour mineurs ne fâche donc pas que la population ?
Stéphane Foulon : « Quand nous avons appris par la presse de la construction de ce centre, j'ai demandé au maire ce qu'il en était et j'ai été très étonné d'apprendre qu'il n'était pas au courant d'un projet qui, d'évidence, était bien ficelé. C'est intéressant. Si des Surgériens sont au courant d'autres projets sur la ville, qu'ils nous contactent, on les apprendra au maire... De qui se moque-t-on ? Le maire nous dit qu'on fera le point dans un an et on verra s'il y a des problèmes avec ce centre. Moi je dis que, de fait, il va y avoir des problèmes parce que ces adolescents arrivent à Surgères dans un climat de conflit. Pour que ça marche, il faut qu'ils soient accueillis, par la population, par les élus. Or, la population mise devant le fait accompli a déjà un a priori sur centre et sur ces enfants. Personne, ni dans la population, ni dans la majorité municipale, et encore moins dans l'opposition, n'a été mis au courant de l'implantation de ce centre, donc ce n'est pas la peine de se poser la question de savoir s'il y aura problèmes dans 1 an puisqu'il y a déjà problème aujourd'hui ».
Une fierté à exister
N'est-ce pas frustrant de vivre ainsi l'opposition municipale ?
Stéphane Foulon : « C'est comme ça et nous ne sommes pas plus au courant des projets que la plupart des conseillers de la majorité. Nous, nous avons des projets pour cette ville que nous sommes en train de mettre en place. Les contacts sont pris et nous avons six ans pour les mener à bien. Nous avons réfléchi à des projets structurants économiquement et socialement parce qu'il y a tout à faire sur une ville comme Surgères. Si je prends l'exemple du Sage, qui a été refusé par la ville et par la CDC parce que ça allait coûter un peu d'argent, on est vraiment dans les économies de bout de chandelle. Or là, il ne s'agissait pas de dépenser inconsidérément, mais investir sur un mieux environnemental ».
Durant ces 6 mois, il y a quand même eu quelques problèmes environnementaux sur lesquels vous auriez pu rebondir. Il aurait été très facile de prendre à bras-le-corps les dépassements de taux de dioxines de l'incinérateur, par exemple.
Stéphane Foulon : « Nous avons réagi ! Nous avions trois personnes des 'Couleurs vivent' devant le portail de l'incinérateur qui ont demandé des comptes au directeur et qui ont obtenu des réponses ».
Peut-être, mais le sujet était sorti dans la presse locale depuis 15 jours et les réponses étaient déjà données à la population. Je me mets à la place de ceux qui ont voté pour vous : à quoi servent les' Couleurs vivent' aujourd'hui ?
Stéphane Foulon : « La question de l'incinérateur a été posée en conseil municipal et la réponse de Guy Beugnon a été qu'il n'y avait pas de problème. Ou qu'il n'y avait plus de problème. Le lendemain, on apprenait par la presse qu'il y avait effectivement toujours des problèmes. C'est une question d'honnêteté intellectuelle. À quoi nous servons aujourd'hui ? Nous allons mener nos actions ? Nous avons un gros projet industriel, nous allons poursuivre nos forums participatifs à raison d'un par semestre, nous mettons en place notre permanence à notre bureau au logis du régisseur, chaque jeudi de 18 h à 20 h. Nous allons refaire partir des tracts chaque fois qu'il sera nécessaire, on va informer dans la population, mais cette information va être contrecarrée par le fait que la municipalité, elle, n'informe de rien. Donc, on va encore passer pour des agitateurs. Il faut que notre information soit constructive et non pas réactive. Mais, de toute évidence, nous avons une fierté à exister dans l'opposition que nous n'aurions certainement pas si nous étions dans la majorité. On ne va pas seulement donner de la voix, en conseil municipal, sur des sujets qui ne nous plaisent pas, on va aussi construire un avenir économique et social pour Surgères ».
Vous vous positionnez manifestement en rupture avec la municipalité actuelle. Que lui reprochez-vous et quel serait votre schéma idéal pour cette ville ?
Stéphane Foulon : « Le problème de cette municipalité - ce que je vais dire n'est pas critique, c'est ce que je ressens - c'est que tout serait possible à Surgères si tant est qu'ils aient une démarche politique différente. La gestion d'une ville se fait avec les citoyens, dans une démarche participative et pas au sein d'un huis clos de quatre ou cinq personnes ».
Pas de doute, après 6 mois d'observation, l'opposition municipale est bien active et entend déployer un arc-en-ciel de propositions et d'actions. Il était temps diront certains. On n'a pas fait tout ça pour rien diront d'autres. Se rappelant ainsi au bon souvenir de ses électeurs et militants et faisant oeuvre de projets, les 'Couleurs vivent' s'investissent elles-mêmes d'une mission qu'elles ne peuvent plus renier. Chiche...
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