Article du 28/03/2013 à 17:23
Muron: « Un site exceptionnel »
L’étude spécifique de ce four de potier permettra de savoir si les céramiques trouvées sur le site ont été conçues sur place. (photo C. F.)
Des archéologues ont mis à jour un site regroupant à lui seul quatre siècles de l’histoire de la commune qui s’étendait sur plus de 30 ha à l’ère gauloise.

C’est un projet de construction d’un lotissement de 18 lots par la SAS les Terres d’Aunis qui a engendré ces fouilles archéologiques préventives, sur prescription de la Drac. Les archéologues de Eveha, sous la houlette de Cyril Driard, responsable des opérations, fouillent, depuis le 15 octobre, 1,3 ha d’un terrain situé dans la rue de la Libération. Une campagne qui se terminera fin mars, mi-avril.
« Un site exceptionnel », selon Cyril Driard, puisqu’a été mise en évidence une occupation gauloise et romaine très importante, allant du IIe siècle avant J.-C. jusqu’au IIe siècle après J.-C. : « Nous sommes en milieu rural, mais nous avons une stratigraphie de milieu urbain, avec des niveaux archéologiques très bien conservés, que l’on peut étudier en découpant chaque couche », poursuit l’archéologue. Des sites habituellement difficiles à fouiller puisque recouvert par nos villes actuelles. Ici, le site n’a pas été remanié, ni par l’Antiquité tardive, ni par le Moyen Âge, l’époque moderne et les époques contemporaines.

Concernant l’époque gauloise, les archéologues ont découvert des caves, des puits et des trous dans lesquels les poteaux des habitations en bois étaient placés : « On est vraiment dans une grosse ville très dense ». Dans l’une de ces caves, une découverte insolite a été faite, comme le raconte Cyril Driard : « Dans certaines caves, on a découvert des aménagements de placards façon troglodyte, taillés dans la roche. On a d’ailleurs retrouvé une collection d’une dizaine de fossiles appartenant à un Gaulois, bien rangé dans une niche. On a tendance à oublier qu’ils pouvaient aussi être collectionneurs. »


Une ville prospère

Quartiers urbains sont le lot de l’époque de transition, entre l’ère gauloise et l’ère romaine : « On voit des petites rues en pierre, des maisons d’assez petites tailles en bois de construction encore gauloises comme celles qu’on peut trouver sur des oppida ».

Les recherches successives, menées sur Muron, mettent en avant une très grande ville qui s’étendait sur une zone estimée à 30 voire 40 ha. La commune devait alors être la capitale d’un peuple de l’ère gauloise. Elle présentait un artisanat très important lié au sel puisque des ateliers de sauniers ont été retrouvés : « L’intérêt de ces ateliers est qu’ils ont pu donner une limite à l’extension de la ville gauloise. Ils marquent l’ancien trait de côte puisque les sauniers étaient installés tout près de la mer. » Un sel qui présuppose la présence de personnes riches, l’élite des villes contrôlant ce marché, faisant ainsi de Muron une ville prospère.
L’importance économique de la ville semble être principalement liée à son emplacement au niveau des axes routiers, puisque plusieurs voies convergent vers elle « avec un point de rupture de charge avec l’océan qui abouti certainement à un complexe portuaire non loin dont on ignore tout mais dont l’emplacement est idéal. »

Une ville importante aussi à l’époque augustéenne, c’est-à-dire au tout début l’ère romaine, avant de décliner certainement au moment où Saintes prend de l’ampleur, présageant un déplacement des activités économiques vers le pays santon.

Reste aux archéologues à analyser toutes leurs découvertes, notamment celles effectuées dans des fosses où les habitants déversaient leurs déchets, notamment ceux des repas : « On a retrouvé des restes de poissons, de coquillages… Et des huîtres pour l’époque romaine. Nous avons aussi retrouvé beaucoup d’amphores ».
Les archéologues ont prévu de faire un retour sur leur travail auprès des habitants de Muron d’ici environ 6 mois.

Article rédigé par :
Carine FERNANDEZ

Quelques fûts de colonnes de l’époque romaine ont été découverts. (photo C. F.)
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