Mauzé-sur-le-Mignon : En ouverture du Festival

Lors du tournage du film sur les Caboclos. (photo DR)
François-Xavier Pelletier, ethnologue et réalisateur de Saint-Saturnin-du-Bois, présentera deux films, en ouverture du Festival de l�venture individuelle, samedi 19 juin.
François-Xavier Pelletier consacre sa vie à étudier les peuples qui vivent en symbiose avec la nature. Ses expéditions sont de véritables aventures à la recherche des 'hommes vrais'. Samedi 19 juin, il présentera : 'Chimane, le peuple de l'arbre en Bolivie et 'l'Amazonie des Caboclos', en ouverture du Festival de l'aventure.
« Comme le thème est l'Amérique-du-Sud, les responsables ont choisi ces films. J'ai beaucoup travaillé sur l'Amazonie, tant au Brésil, qu'en Bolivie. Les Chimanes sont en voie de disparition. Ils sont encore nombreux : 45 000 à peu près. J'ai retrouvé la cinquantaine qui vit encore en forêt. Ils ont encore la particularité de porter des vêtements d'écorce. Ça leur permet de prendre l'énergie de l'arbre ; d'êtres invisibles en forêt ; de se fondre dans l'environnement. Pour eux, c'est très important ».
Le 2e film présentera les Caboclos d'Amazonie, des métis d'Indiens et de Portugais, essentiellement. « Ils sont un peu aventuriers, explorateurs. Ils ont une grande connaissance de la forêt amazonienne ce qui leur permet de survivre, notamment en pêchant. Ce film met aussi en avant leurs relations avec les animaux. Car pour moi qui travaille beaucoup sur les relations homme/animal, il est très important de les développer. Et non pas comme beaucoup le veulent, de laisser l'animal de côté. C'est un peu la raison de ce 2e film : montrer que l'Amazonie, ce n'est pas que les Indiens. J'ai rencontré un ermite qui vit depuis 40 ans en forêt amazonienne, tout seul, avec simplement une machette. Il a des relations incroyables, avec la forêt. Il communique avec les singes, croise des onces. C'est un personnage hallucinant, très philosophe. Une partie du film est tournée autour de lui, des Caboclos et des Indiens. Des Indiens qui ont tendance à se 'culturer', se moderniser. L'optique est de démontrer quelque chose, de valoriser les gens que l'on filme, de tirer un maximum des connaissances qu'ils peuvent avoir. De ce qu'ils ont à nous témoigner, car ces peuples sont importants pour nous aussi. Tant au niveau de la connaissance de l'environnement qu'au niveau du comportement social, de leur philosophie de la vie, de la relation avec la nature. Il y a l'écologie business, et ceux qui font un travail de base, qui travaillent vraiment pour l'écologie, on ne les connaît pas. À l'avenir, l'écologie risque de poser des problèmes car elle sera récupérée par le capital. Nous, on est beaucoup plus proches de cette population de la nature, mais ça demande beaucoup de temps ».
La mémoire de notre futur
Pour aller à la rencontre de ces peuples, François-Xavier est sur le terrain au moins pendant 6 mois. Il parcourt les sentiers battus, dans des zones difficiles d'accès, dangereuses. Où personne ne va et où on rencontre des gens extraordinaires. « Je ne communique plus l'endroit où je les ai trouvés. Notre métier, c'est de témoigner, de nous effacer et de valoriser ces populations. Pas comme certaines émissions télés qui veulent nous faire croire que certaines tribus sont primitives. Notre optique, c'est surtout ne pas donner du grain à moudre à ces gens-là. Nous, on a un profond respect par rapport à ces populations. Et on veut essayer de les protéger. Les Caboclos, notamment, ont de grosses difficultés avec des organismes de protection parce qu'ils ont des animaux sauvages qui font partie de la famille. Ils ont une interrelation extraordinaire avec les animaux. Et c'est ça qu'il faut développer. Contrairement à l'opinion des organismes de protection qui veulent le contraire ».
Après plus de 30 ans dans le métier, François-Xavier se pose des questions. « Quand jai commencé, j'ai essayé d'ouvrir la tête des gens sur cet environnement 'humain' et nature. Et maintenant, il est galvaudé. Je suis à peu près sûr que les gens n'en ont pas la même lecture que moi. Je suis profondément humaniste, respectueux des autres cultures. Et actuellement, on est sur une voie différente. On veut imposer notre propre culture, notre propre démocratie ! Et ça devient grave. Et là, je ne sais plus du tout si on peut apporter une pierre à cet édifice. Je préfère rencontrer des peuples vrais, qui vivent, qui ont un bon sens 'paysan' qui ont les pieds sur terre... Nous, on n'a plus de bases, plus de racines. Alors que ces populations ont une force incroyable. Et chez ces gens-là, je suis libre. Ces populations-là, c'est la mémoire de notre futur. Ce sont des gens avec lesquels il faut vivre et qu'il faut protéger, parce qu'ils vont disparaître ».
Bientôt, François-Xavier Pelletier va sortir un film sur un peuple de Thaïlande, avec qui il a vécu pendant 6 mois.
Le programme complet du Festival de l'aventure, dans notre prochaine édition, jeudi 17 juin 2010..
Article rédigé par :
Odette HUET