Article du 13/10/2011 à 11:32
L'avis du président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO): « Une écoute incontestable »
Allain Bougrain-Dubourg. (photo DR)
Fervent défenseur des oiseaux, Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux, a signé une convention avec le ministre de la Défense.

« L'armée a compris, récemment, qu'il y a des espèces d'oiseaux à caractère patrimonial que l'on a réglementairement le devoir de préserver, explique Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). Je pense notamment à un vautour tout à fait remarquable, le gypaète barbu, qui est très sensible pendant sa période de reproduction. Il reste quelques couples et il est certain que les survols militaires, qui génèrent une violence au sol, dérangeaient ces oiseaux. Aujourd'hui, on passe un accord pour cette espèce et pour le vautour percnoptère. Sauf obligation exceptionnelle, l'armée a compris que dans certaines zones et pendant certaines périodes, il n'y a plus de survol. Nous avons également fait des démarches auprès de l'armée à propos du survol des réserves. Nous avons, par exemple, une réserve aux sept îles, dans les Côtes-d'Armor, avec des dizaines de milliers de fous de bassan, de macareux. Un survol de l'armée en période sensible de reproduction et toute la population des oiseaux est au moins perturbée, voire peut-être anéantie. Il s'agissait simplement de se parler, de s'écouter et nous avons eu la chance d'avoir une écoute incontestable de la part du ministère de la Défense. Ce que j'apprécie dans la démarche, c'est que le ministère de la Défense est par vocation un peu renfermé sur lui-même. Or, en la circonstance, il s'ouvre vers l'extérieur, dans l'intérêt général, à travers le thème de la biodiversité. Les terrains militaires, c'est près de quelque 250 000 ha avec une capacité pour nous naturalistes de faire une expertise pour voir quelle est la richesse naturelle et des recommandations pour la valoriser. C'est notre travail, notre vocation. Partout où nous le pouvons, nous valorisons le vivant qui nous entoure. Je suis très heureux de cette convention. Sur Rochefort il est évident que tout l'investissement que nous avons fait sur la station de lagunage, dont nous voyons les résultats remarquables, en traitement de l'eau, en valorisation de la biodiversité et en enfin tourisme nature, nous allons pouvoir l'étendre et reconquérir quelque 200 ha. Ils vont être mis en eau de façon judicieuse, intelligente, pour permettre le développement des oiseaux mais pas seulement. Les oiseaux sont les indicateurs de l'état de toute la biodiversité. Nous allons nous trouver dans une zone humide tout à fait remarquable, ouverte au grand public, bénéficiant à la nature. Il y a des moments où nous sommes très heureux, c'est le cas aujourd'hui alors que bien souvent, on est inquiet de l'avenir pour le moins. Ce sont essentiellement les oiseaux d'eau qui seront concernés, autour de 1 500 palmipèdes. Il y a une diversité d'oiseaux tout à fait remarquable. En étendant leur territoire, nous allons avoir un lieu d'accueil beaucoup plus favorable. N'oublions pas que ces oiseaux sont en refuge ici ou viennent ici pour reprendre des forces avant de poursuivre leur migration. Nous avons donc une responsabilité très lourde dans leur préservation à travers notre capacité d'accueil. Incontestablement, nous avons des guifettes qui sont extrêmement fragiles et dont on peut espérer qu'elles reviendront en nombre. Mais, il ne faut pas croire que c'est parce qu'on met la nature sous protection que pour autant ça marche. Il faut gérer le réseau hydraulique. Vous avez par exemple des sternes qui ne se sentent bien pour la reproduction qu'à partir du moment où l'on aménage des îlots. Il faut gérer également le niveau des eaux. Trop d'eau n'est pas bon pour un tas de petits limicoles qui ont des pattes trop courtes pour se nourrir. C'est un savoir-faire que nous maîtrisons. Il faut faire des plantations de roseaux, de végétaux qui conviennent, et après, la nature a la capacité de se régénérer. Je souligne que ce n'est pas une nature sous cloche. C'est une nature dont chacun pourra profiter et ça, c'est le bonheur. Cette extension va générer des emplois. Le personnel de la LPO va élargir son activité. Il faudra ensuite des animateurs nature pour accueillir les scolaires mais aussi les touristes. Cela peut devenir un lieu attractif, comme L'Hermione ou d'autres sites de la Région. »

Gypaète barbu. (photo DR)
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