Joyeux anniversaire... quand même
Edito paru dans l'HEBDO n°583 du jeudi 11 décembre 2008
Le monde célébrait, mercredi 10 décembre 2008, le 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme (DUDH). S'inspirant de la Déclaration française des droits de l'homme et du citoyen de 1 789 et de la Déclaration d'indépendance américaine de 1776, elle trouve son origine dans le traumatisme engendré par la Seconde Guerre mondiale et le génocide des juifs. Le 10 décembre 1948, 58 pays membres de l'assemblée générale de l'ONU adoptaient le texte, à l'exception de l'URSS, des pays d'Europe orientale, de l'Arabie Saoudite et de l'Afrique-du-Sud qui s'abstenaient. Préservant leurs arrières, les pays signataires évitaient d'y inscrire des notes contraignantes, craignant qu'elles fussent utilisées contre eux par les pays qu'ils colonisaient à l'époque. Si, par la suite, la DUDH a inspiré les conventions internationales contre la discrimination envers les femmes (1 979), contre la torture (1 984), sur les droits de l'enfant, (1 990) et la création de la Cour pénale internationale (1 998), elle n'a pas empêché un nouveau génocide au Rwanda en 1994, ni la violation quotidienne des droits les plus élémentaires à travers le monde. Pas plus qu'elle n'a empêché le camp de Guantanamo ou la chasse aux Roms en Europe, principalement en Italie. La DUDH a également inspiré 'le droit d'ingérence et d'assistance humanitaire ', mais on crève toujours de faim au Darfour, de répression en Birmanie, d'exode au Congo et de choléra au Zimbabwé.
Pour Robert Badinter, la DUDH reste une 'idéologie'. Il pointait récemment la régression dans laquelle est entré le monde en matière d'universalité de la DUDH depuis les attentats du 11 sept. « Nous avons renié ce que nous prétendons défendre, et nous en supporterons longtemps les conséquences », déclarait-il, dénonçant au passage
« la politique désastreuse menée par les États-Unis, puis par les démocraties européennes sous couvert de lutte contre le terrorisme ».
Le coup de grâce à une DUDH dont l'existence et l'utilité restent malgré tout incontestables, est porté par Bernard Kouchner qui vient de déclarer l'inutilité du secrétariat d'État aux droits de l'homme qu'il avait lui-même initié. Droits de l'homme et politique ne seraient pas à mettre dans le même panier et ne s'accommoderaient pas l'un de l'autre. Une manière de justifier le séjour en France de Kadafi, l'an passé, ou la participation du président de la République à la cérémonie d'ouverture des JO 2 008.
En langage politique, la Déclaration universelle des droits de l'homme se traduit par : 'Faites ce que je dis, pas ce que je fais'.
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