Irrigation, gaspillage et pollution

Selon une étude de l'INRA, larrosage en plein soleil n'entraînerait que peu de perte par évaporation (photo F.G)
La Chambre d'agriculture et les irrigants organisent, cet été, des rendez-vous sur l'irrigation.
Le deuxième avait pour thème 'eau, irrigation et environnement'.
L'objectif était de faire le point sur deux idées reçues trop souvent entendues par les irrigants : l'irrigation gaspille l'eau et l'irrigation pollue. Les agriculteurs sont des citoyens comme les autres. Ils n'ont pas envie de détruire leurs terres et ses ressources. Le pilotage de l'irrigation a beaucoup évolué et de leur côté les agriculteurs ne sont pas restés les bras croisés.
L'amélioration
des techniques
La Chambre d'agriculture a mis en place des tensiomètres, qui permettent de connaître la disponibilité de l'eau dans le sol, sur une vingtaine de parcelles en Aunis, autour de St-Jean-d'Angély et de Saintes. Réalisés par les conseillers 'environnement' de la Chambre, une vingtaine d'avertissements hebdomadaires sont envoyés au printemps et à l'été aux abonnés. Ils apportent un outil d'aide à la décision aux agriculteurs afin de les aider et de les conforter pour une gestion rationnelle de la ressource. L'objectif est d'être au plus proche du terrain et au plus près des besoins afin que les quantités d'eau apportées soient les mieux valorisées possibles. Ces tensiomètres permettent, en général, d'économiser 1 à 2 passages
(300 à 500 m3 par ha) par rapport à une gestion empirique en fonction de l'apparence de la plante. Dans les champs, les matériels ont également évolué. Des compteurs ont été installés afin de mesurer les quantités d'eau prélevées. Les irrigants paient des taxes sur l'assainissement en fonction des quantités qu'ils utilisent. Les apports sont gérés au plus juste grâce à des canons assurant une meilleure répartition de l'eau. Comme dans d'autres domaines, l'évolution technologique est passée par là et les arroseurs d'aujourd'hui n'ont plus rien à voir avec ceux d'autrefois. Les enrouleurs sont pilotés par électronique, ce qui permet à l'irrigant de gérer au plus juste la quantité d'eau apportée selon le potentiel de rétention en eau du sol et les modèles à brise jet permettent d'arroser sur une ligne droite, ce qui évite de déverser de l'eau sur la route adjacente aux champs.
L'amélioration
des connaissances
Pour utiliser l'eau quand elle est le plus présente, les agriculteurs ont modifié leurs choix de cultures et introduisent des variétés semées plus tôt au printemps ou en hiver (pois, céréales), afin de pouvoir utiliser une eau peu utilisée par ailleurs à cette période de l'année. Ainsi en Poitou-Charentes, l'irrigation des céréales à paille (ou du pois) avec un objectif de rendement élevé est une alternative à la diminution de la surface en cultures d'été irriguées. En effet, un arrosage de 8 à 10 jours est alors suffisant. Malheureusement, pour des questions de survie économique, le maïs restera la culture de base sur une exploitation, les autres ne serviront qu'à compenser les prix du maïs sur le marché.
Afin de pallier les changements climatiques, les agriculteurs ont également tendance à utiliser des variétés de maïs de plus en plus précoces. Une étude plus approfondie des plantes a permis de mieux déterminer les périodes les plus importantes dans son développement. Il faut par exemple éviter tout stress hydrique lors de sa floraison. L'irrigation permet de mieux régulariser le rendement, donc d'ajuster au mieux les quantités d'azote à apporter pour le rendement attendu.
Réduction des produits phytosanitaires
Jean-Jacques Gaucher, installé au Moulin de Tesson, à Virson, est formel : « Il n'est pas possible de faire tourner une exploitation en remettant tout en cause, surtout dans le modèle économique actuel. Il n'y a pas de système économique parfait. On peut améliorer les choses. Nous travaillons avec es firmes pour rendre les produits moins agressifs. Nous utilisons des produits qui sont moins dangereux qu'auparavant et à des doses moins importantes, ce qui fait que nous ne constatons plus de rémanence sur plusieurs années comme autrefois. La crise économique nous force à réduire nos coûts de production. À nous d'optimiser les apports. Le matériel s'est perfectionné et nous avons appris à gérer les différents stades de culture. Nous avons déjà réduit de 30 % l'utilisation de produits phytosanitaires. Nous ne pourrons pas faire mieux. » Depuis plusieurs années, avec l'aide des conseillers techniques de la Chambre d'agriculture, les irrigants limitent leurs recours aux produits phytosanitaires grâce à un choix plus précis des variétés, des dates de semis, de leur densité et par une observation plus approfondie des parcelles. Ils utilisent de manière raisonnée les engrais et produits phytosanitaires, en prenant en compte toutes les données utiles : les besoins des cultures, la nature des sols, le climat, les infestations d'insectes nuisibles, la présence de mauvaises herbes et surtout la vulnérabilité du milieu. Ils règlent les engins d'épandage, traitent les fonds de cuve, se dotent d'aires de remplissage fonctionnelles. Ils réservent une bande enherbée au bord des rivières pour piéger les pollutions. De plus, l'irrigation permet de cultiver différentes espèces, ce qui accroît la durée des rotations et diminue le retour fréquent de cultures identiques : les maladies et les ravageurs se développent moins, et l'agriculteur utilise moins de produits phytosanitaires.
Explorer d'autres pistes
Les irrigants sont conscients que les situations d'assecs ont augmenté, mais estiment que l'influence de l'irrigation n'est plus ce qu'elle était. Les quantités d'eau employées ont diminué de près de 50 %. « D'autres facteurs nous ont mis dans cette situation. » Les plus gros problèmes sont rencontrés sur la Boutonne. Le lit de la rivière est vaste, il compte plusieurs ouvrages, des drainages ont été aménagés. Depuis 10 ans, la culture de maïs y a été réduite de 50 %. Les agriculteurs s'étonnent que par ailleurs rien n'ait été fait en ce qui concerne les peupleraies qui ne sont pas régulées et qui ont bénéficié d'aides pour replanter après la tempête de 1999. Les irrigants souhaitent que des mesures soient prises pour ralentir l'évacuation de l'eau de pluie qui tombe en hiver et au printemps. Selon eux, 250 mm de pluie suffisent à recharger les nappes. Les empellements sont à leur avis relevés trop tard au printemps. L'irrigation est gérée globalement sur tout le département par la préfecture. Les irrigants souhaiteraient que la ressource en eau le soit plus localement, au jour le jour, afin de moduler les quantités prélevées, plutôt que d'aboutir à un arrêté préfectoral interdisant tout prélèvement. Ils se heurtent selon eux à une absence de discussion avec l'administration.
Halte aux idées reçues
Les irrigants n'utilisent pas l'eau potable pour irriguer. La distribution se fait par leurs propres réseaux. Pour eux aussi la préservation de l'eau potable est prioritaire.
L'irrigation représente 1 à 2 % de l'eau du ciel qui tombe annuellement.
En cas de restriction de la ressource, l'interdiction d'arroser de jour aux heures les plus chaudes de la journée pour éviter les pertes par évaporation n'est pas fondée. D'après une étude de l'Inra pour l'Agence de l'eau Loire et Bretagne, les pertes par évaporation sont généralement inférieures à 5 %.
Le maïs est beaucoup moins utilisé en monoculture. Il constitue régulièrement une tête d'assolement de la rotation des cultures. Certaines contraintes hydriques des sols (marais par exemple où la production d'autres céréales est délicate) ne permettent que la monoculture du maïs.
Le maïs nécessite peu de traitements phytosanitaires. Quand avec le tournesol il a besoin de deux passages à pleine dose, il en faut trois pour le blé.