Comme une odeur de poisson
Edito paru dans L'HEBDO n° 651 du jeudi 8 avril 2010
Évidemment, c'était un poisson d'avril. Un gros, tellement gros que beaucoup y ont cru. C'est sa vocation... Non, Ikéa n'implantera pas de magasin en pays surgérien. Désolé pour ceux qui se voyaient déjà habillés de bleu et jaune. Mais ce poisson a pris des tournures et des postures insoupçonnées, jusqu'à se poser en exutoire de bien des rancoeurs ou en révélateur de vieilles jalousies et rivalités. C'est vrai, pourquoi Ikéa irait-il s'installer à Surgères, plutôt que là ou là-bas où les réserves foncières sont plus importantes, le prix au mètre carré moins élevé, la visibilité du bâtiment plus évidente, la situation géographique plus centrale ? De là sont parties nombre de spéculations, pour arriver à cette implacable conclusion : si l'entreprise suédoise ne s'implante pas et ne crée pas les emplois que chacun s'est inventé... c'est la faute du pisciculteur d'avril.
Peu importe que les uns et les autres, élus et recalés des scrutins, ont ouvertement et publiquement promis dans leurs campagnes électorales respectives, ce qui s'apparente fort à de pleins chaluts de poissons d'avril. Ici, c'est le redémarrage de l'activité économique locale, là des emplois nouveaux par centaines, et ailleurs un afflux touristique jusqu'alors jamais connu. Autant de promesses en queue de poisson que, à la différence de notre saumon d'avril, on oublie aussi vite qu'on s'est empressé de croire.
L'avantage du poisson d'avril, c'est qu'il ne dure qu'une journée... lui. Il relève d'une tradition qui touche toutes les presses du monde entier, et notre saumon se trouve bien bien gentil par rapport à ce qu'ont pu sortir certains de nos confrères. Notre petite pisciculture surgérienne engraisse quelques beaux spécimens qui continueront à frétiller dans nos pages. Les Anglais appellent le 1er avril 'April fools day', le jour des fous, des imbéciles. On peut, effectivement, s'autoriser d'être fou ou imbécile un jour par an.
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