Chronique juridique :
Amour, quand tu nous tiens...
Comparution immédiate lors de l'audience correctionnelle du tribunal de Rochefort du 9 juin pour un Rochefortais de 50 ans qui a roué de coups sa compagne, dans la nuit
du 6 au 7 juin.
L'histoire de juin 2009 n'a rien d'un conte libertin ! L'homme a rencontré sa compagne en 2003 et depuis le début, leur union est 'orageuse' à cause d'un sérieux problème d'addiction à l'alcool qu'ils ont en commun. Les voisins se plaignent régulièrement du tapage : vitres brisées, portes qui claquent, hurlements, cris, etc. sont devenus habitude ! Un voisin tient même un registre de toutes les scènes de violence qu'il entend, et quand c'est calme, il écrit : « Plus rien, elle a dû mourir » ! La soirée du 6 au 7 juin a été particulièrement alcoolisée, 2 g d'alcool dans le sang pour monsieur, donc violente. Quand les policiers sont intervenus au domicile du couple, la dame était un « hématome géant », selon le qualificatif de Pierre Arnaudin, le procureur, avec des traces de violence et des lésions sur tout le corps. Les explications de l'homme sont claires : « Je voudrais qu'elle parte de chez moi et que je puisse me faire soigner ». Mais la dame ne veut pas partir car elle l'aime. « Quatre fois je l'ai mise à la porte mais elle a cassé vitres et portes à chaque fois pour revenir », explique le prévenu. « Et vous l'acceptez ? », demande Bruno Karl, le président du Tribunal. « La chair est faible, murmure le prévenu, avant d'ajouter, si je n'étais pas chez moi, je partirais... mais on ne laisse pas son appartement ! » La dame ne porte pas plainte, elle s'est même enfuie de l'hôpital, elle trouve des excuses à son ami : « Je dois le chercher un peu, et elle persiste : je l'aime, je ne veux pas partir, je voudrais simplement qu'il cogne moins fort ! ». Le frère du prévenu témoigne : « Il ne la tape que quand il a bu... mais il boit souvent ! ».
L'homme à la barre est diplômé en droit, spécialisation notariale, et a travaillé chez un notaire ; mais cela fait 15 ans qu'il s'est fait licencier pour raisons économiques et il n'a pas retravaillé depuis. Quand Bruno Karl l'interroge sur son avenir, il a un projet : « J'envisage de retravailler un jour, dans le domaine juridique... ». Pierre Arnaudin résume la dialectique de ce couple infernal : « Je veux qu'elle parte, elle ne veut pas, elle me provoque, je bois, je cogne... ». Et il ajoute : « Nous avons l'obligation de protéger la victime même si elle ne le souhaite pas, pour éviter la récidive », rappelant le propos inquiétant du prévenu : « Ça finira mal ». Pour le procureur, il faut un « électrochoc », faute de quoi « ce soir, ça recommencera ». Il requiert
18 mois d'emprisonnement dont 9 mois avec sursis. « Le comportement de mon client est inexcusable, admet maître Prévost, mais on ne peut pas le juger seulement sur les faits, sans considérer le contexte ». L'avocate explique : ce n'est pas une violence à sens unique et l'alcoolisation existe de part et d'autre : « Elle cache de l'alcool dans des petites bouteilles d'eau, les voisins l'ont plus d'une fois vue par terre ou se retenant à la murette pour ne pas tomber », rappelle-t-elle, suggérant que les contusions ne viennent pas forcément toutes des coups portés par son client ! Pour elle, il est impossible d'entendre que monsieur va être incarcéré parce que madame ne veut pas quitter son domicile, « C'est incohérent, clame maître Prévost, quand il sortira de prison, si madame n'est pas soignée, ça sera pareil ». Le Tribunal va cependant suivre les réquisitions du procureur,
9 mois d'emprisonnement ferme avec mandat de dépôt, en rajoutant l'obligation de travailler, de se faire soigner et l'interdiction d'entrer en relation avec la victime.
Article rédigé par Michèle BAZIN.