Chronique judiciaire : Conscience et inconscience
Compte rendu du tribunal correctionel du mardi 15 septembre. Au menu, une échaufourée devant une discothèque et un multirécidiviste.
Deux videurs d'une discothèque de St-Georges-d'Oléron comparaissent devant le Tribunal de Rochefort pour violences envers un groupe de jeunes maîtres nageurs sauveteurs. C'était le 17 juillet dernier.
Peut-on invoquer le principe de protection, comme le plaidera maître Sainderichin pour la défense ? C'est ce que devra décider le Tribunal.
Le groupe de maîtres nageurs sauveteurs (NDLR : une trentaine), se sont présentés à la porte de la discothèque en deux groupes. À leur grand désappointement, les videurs leur ont refusé l'entrée et ce n'était pas parce qu'ils avaient bu. Alors ? « Cela s'est mal passé l'année dernière », ont justifié les videurs. Bref, les jeunes clients l'ont mal pris, énervement, bousculade et cela a tourné au vinaigre quand un des maîtres nageurs a traité un videur de « gros lard ». Celui-ci a sorti un tuyau avec lequel il a frappé le jeune homme à la tête, son collègue a sorti la bombe lacrymogène.
L'un des prévenus explique : « j'ai voulu anticiper les problèmes, les violences qui auraient pu intervenir ». Et son collègue : « j'ai sorti ma bombe lacrymogène pour disperser tout le monde ».
Le juge rappelle à l'ordre : « être videur dans une boîte de nuit, c'est éviter les bagarres... si vous vous mettez à mettre de l'huile sur le feu et à faire justice vous-mêmes, cela ne va plus. Mieux vaut appeler les services de l'ordre dans ce genre de situation ». Un des maîtres nageurs, légèrement blessé à la tête insiste : « ce n'était pas un tuyau, c'était une matraque ! »
« Cela n'a rien à voir avec de la légitime défense », tranche Pierre Arnaudin, le procureur. « C'est un comportement intolérable pour des gens censés faire régner l'ordre et la paix autour des boîtes de nuit ». Il requiert 3 mois d'emprisonnement avec sursis pour le videur au tuyau et 1 mois pour celui à la bombe lacrymogène.
« Est-ce que ça fait plaisir de se faire traiter de gros lard ? », interroge maître Sainderichin qui rappelle par ailleurs qu'il y a eu provocation de la part des maîtres nageurs : « tu ne sais pas te servir de tes poings », aurait lancé un des jeunes gens dans la bousculade. Quand à la bombe lacrymogène incriminée, maître Sainderichin en détaille les composants : « solution poivrée, sans danger pour l'environnement, biodégradable... Ça pique un peu les yeux et c'est tout », affirme l'avocat, « et s'il l'a utilisée, c'était justement pour éviter que ça ne dégénère ! »
Le Tribunal condamne le videur au tuyau à 3 mois d'emprisonnement avec sursis et à verser 1 000 € au maître nageur blessé à la tête. Le videur à la bombe lacrymogène aura 1 mois d'emprisonnement avec sursis et devra verser 300 € de dommages et intérêts à chacune des victimes incommodées par le gaz poivré.
Attentionné pour
son chien
En comparution immédiate, un jeune homme de 26 ans, multirécidiviste, interpellé à La Tremblade le 14 septembre en début de soirée. Il était au volant d'un véhicule sans ceinture, sans permis, sans assurance, sans carte grise et légèrement alcoolisé.
Neuf condamnations au casier, surtout pour des affaires de stupéfiants, son conseil d'insertion ne sait plus quoi en penser : « c'est un cas désespérant, il ne comprend rien... mais il n'est pas méchant », disent ses parents. Preuve en est : bien qu'il n'ait jamais passé le permis de conduire, il roule régulièrement dans la voiture qu'il a achetée il y a quatre mois... pour promener son rottweiller noir !
« C'est un non respect total de la vie en société », constate le Procureur Pierre Arnaudin, « bien qu'on puisse lui accorder le bénéfice de la franchise », ajoute-t-il. Il requiert 4 mois d'emprisonnement avec mandat de dépôt et 140 € toutes amendes confondues.
Pour Bruno Karl, président du Tribunal, « il faut que ça cesse ». Le Tribunal dépasse les réquisitions du Procureur et condamne le jeune homme à retourner en prison pour 8 mois, avec mandat de dépôt et à s'acquitter de 140 € d'amende.
Article rédigé par Michèle BAZIN.