Dossier du 23/09/2009 à 17:20
Haro sur l'incinérateur et l'incinération
Président-fondateur de l'Artac et président de la Société européenne de santé environnementale, professeur de cancérologie médicale à l'université Paris-V, cancérologue à l'hôpital européen Georges-Po
Le Collectif de professionnels de santé invite le professeur Dominique Belpomme qui exposera les dangers des rejets des incinérateurs.

Médecins généralistes et spécialistes, pharmaciens, infirmiers, dentistes, sages-femmes, kinésithérapeutes, etc. les professionnels de santé de Surgères et alentours se constituent en collectif autour des docteurs Sophie Robert (médecin généraliste) et Patrick Berteau (gynécologue obstétricien) initiateurs de ce rassemblement. L'objet est d'interpeller et d'informer la population surgérienne sur les dangers sanitaires et environnementaux du projet porté par le Smictom Val Aunis de construire une nouvelle usine d'incinération d'une capacité annuelle de 45 000 tonnes.
« Dans d'autres villes, des collectifs de professionnels de santé se sont créés et mobilisés contre des projets d'incinérateurs comme celui de Surgères, explique le docteur Sophie Robert. Notamment à Clermont-Ferrand où le docteur Calut a mobilisé plus de 500 médecins pour alerter les élus et la population sur les dangers sanitaires et environnementaux de l'incinération. Il s'est battu plusieurs années et, avec les associations locales, il a réussi à faire annuler la construction de l'incinérateur de Clermont-Ferrand*. »
En Corse, le docteur Siméoni a mené le même combat avec le même résultat qui a conduit les professionnels du traitement des déchets à adopter des méthodes alternatives.
« Notre action, scientifique et non partisane, relève de la santé publique puisque nous ne sommes pas là uniquement pour soigner mais aussi pour prévenir », poursuit le docteur Robert qui rappelle que le nord du département compte cinq incinérateurs (Surgères, Paillé, Rochefort, La Rochelle, et l'île d'Oléron ). « C'est énorme, nous sommes tous concernés parce que les retombées, qui ne sont pas que des dioxines, s'étendent sur un rayon de plus de 20 km. Donc tout le nord de la Charente-Maritime est forcément contaminé. C'est pour cela que nous allons demander la création d'un registre de cancers dans le département. »

La dioxine... et les autres

Le docteur Robert appuie sa charge contre l'incinération en brandissant des études épidémiologiques expérimentales qui mettent en évidence les différents impacts sur la santé et l'environnement de l'exposition au panache de fumée des incinérateurs, parmi lesquels l'augmentation de certains types de cancers. « Il n'y a pas que les dioxines qui sont mises en cause, mais un véritable cocktail de produits émis par les incinérateurs qui sont à fort potentiel cancérigène, mutagène et reprotoxiques. »
Le Smictom a annoncé que la mise aux normes de l'incinérateur de Surgères et les travaux réalisés après les dépassements mesurés fin 2007/début 2008, avaient considérablement fait chuter les taux de rejets. Ce qui ne satisfait pas pour autant le docteur Robert : « On ne peut absolument pas dire aujourd'hui que la mise aux normes des incinérateurs actuels est sans risque sur la santé. Il n'y a aucune étude épidémiologique qui permet d'affirmer l'absence de risque sanitaire pour les populations vivant sous leur panache. Les normes correspondent à une faisabilité du moment et ne signifient en aucun cas l'absence de risques sur la santé et l'environnement. Nous nous réjouissons de la baisse des normes, mais ces données ne sont que techniques puisqu'elles ne prennent en compte que 20 composés toxiques sur les 2 000 molécules émises. On est donc loin de tout savoir et au nom du principe de précaution on ne peut écarter les risques débattus en matière de santé publique. »

Une technique obsolète ?

Le but affiché par le collectif est d'informer et d'alerter, c'est le sens de l'invitation du professeur Belpomme qui viendra éclairer de sa science du sujet une conférence, samedi 26 septembre, à 20 h 30, à la salle du Castel-Park. « Nous ferons tout pour arriver au rejet du projet parce qu'il est reconnu que l'incinération est une technique complètement obsolète, d'un autre âge. Il n'y a pas d'incinération propre, les incinérateurs aux nouvelles normes ça ne veut rien dire du tout. En revanche, vu le nombre d'études scientifiques qui mettent en exergue les risques de cancers et de troubles endocriniens dus à la dioxine notamment, il faut absolument appliquer le principe de précaution. » Le docteur Robert appuie ses allégations sur les études toxicologiques et épidémiologiques dont celle de l'InVS (institut national de veille sanitaire) qui a mis en évidence en mars 2008 un lien statistique entre le niveau d'exposition aux panaches de fumées des incinérateurs dans les années 70-80 et l'augmentation significative de la fréquence de certains types cancers pendant les années 90-99 et que les toxiques en cause n'ont pas été identifiés. « Les résultats de cette étude apparaissent encore sous-estimer les risques, compte tenu des courtes périodes de latence choisies, entre exposition et apparition d'un cancer. Cette précision soulignée par l'InVS laisse craindre que le pic d'apparition de cancers ne soit certainement pas encore atteint. »
En 10 jours d'existence, le collectif de professionnels de santé a déjà relié à sa cause plus de 50 signataires, dont 30 médecins généralistes et spécialistes. Même s'ils mènent le même but contre le futur incinérateur de Surgères, collectif de professionnels de santé et association Surgères Alert' entendent faire savoir qu'elles travaillent indépendamment l'une de l'autre. « Qu'il n'y ait pas de confusion ou d'ambiguïté, nous menons nos travaux séparément. »
Les deux uniront cependant leurs efforts pour l'organisation de cette grande soirée d'information du samedi 26 septembre 2009, à la salle du Castel-Park, à 20 h 30.
* Nota : Le tribunal administratif de Clermont-Ferrand a, le mardi 5 mai 2009, annulé l'arrêté préfectoral qui interdisait la construction de l'incinérateur dans l'agglomération clermontoise. Le projet d'incinérateur au coeur de la préfecture du Puy-de-Dôme est donc à nouveau sur les rails.

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Il faudrait revaloriser les salaires pour que tout le monde ait accès aux logements privés