La révolution par l'assiette

L'Amap 'Les paniers du marais' distribue dans les locaux des Restos du coeur de Rochefort. (photo F. G.)
Si nos parents et grands-parents ont vécu avec émerveillement l'ère de la consommation de masse, à l'aube du XXIe siècle, la tendance s'inverse et le monde pourrait bien changer avec pour point de départ nos assiettes.
Recherche d'un meilleur équilibre alimentaire, engagement contre le capitalisme qui exploite les producteurs et conduit à des aberrations contre nature (tomates sans goût en hiver et cerises d'Amérique-du-Sud à Noël), lutte contre l'utilisation de produits phytosanitaires et autres pesticides qui polluent, contre une certaine forme d'agriculture et d'élevage qui détruisent les paysages et font naître des maladies nouvelles... En ce début de XXIe siècle, de nombreuses raisons poussent quelques-uns de nos concitoyens à chercher d'autres voies pour se fournir en produits plus sains, élaborés localement, dans le respect de l'environnement et du producteur. Le commerce équitable a ouvert la voie et depuis environ 20 ans, le système a trouvé des applications locales qui se développent de façon exponentielle. Petit tour d'horizon non exhaustif de ces nouvelles dynamiques collectives entre producteurs et consommateurs.
Les Amap
Écologiquement sain, socialement équitable, économiquement viable, les Associations pour le maintien d'une agriculture paysanne (Amap) se développent sur tout le territoire. Une Amap a pour objectif d'offrir des aliments frais, de saison, diversifiés et savoureux (et souvent produits en agriculture biologique) ; une garantie de revenu pour le paysan ; un prix équitable défini conjointement par le producteur et les consommateurs, fixé en fonction des coûts réels de production et non pas des cours du marché ; du lien social ; de l'éducation au goût et à l'environnement. Le paysan est présent à chaque partage de récolte pour faire découvrir ses produits et son métier. Des animations sont également organisées sur l'exploitation. Comment ça marche ? Un groupe de consommateurs passe un contrat avec un producteur local. Chaque consommateur achète à l'avance une part de la production. L'agriculteur s'engage à produire des aliments sains et si possible selon les règles de l'agriculture biologique (sans engrais et produits chimiques de synthèse). Durant la période définie par le contrat (le plus souvent 6 mois) et de manière périodique, les consommateurs se rendent sur le lieu de distribution pour retirer leurs paniers composés de produits frais. Un comité de bénévoles aide au fonctionnement de l'association (distribution, trésorerie, liens entre les partenaires).
Les autres dynamiques collectives entre producteurs et consommateurs
À Saint-Jean-d'Angély, une Adap s'est mise en place il y a 4 ans. « Nous avons changé le mot maintien par développement, confie Jean-Pierre Plichard, car à l'origine l'objectif était d'aider un jeune maraîcher bio, Éric David, à s'installer sur Saint-Germain-de-Marencennes. Notre fonctionnement est calqué sur celui des Amap classiques. Nous travaillons maintenant avec Dominique Pluchon de Vandré. Les paniers sont payés un mois à l'avance comme ça le producteur sait ce qui va être vendu. Les prix vont de 4 € pour une personne seule à 18 € pour une famille. Ce sont uniquement des légumes bios auxquels nous ajoutons, selon l'approvisionnement, des oeufs, du fromage ou des fruits. L'année dernière, nous avions quelques personnes en liste d'attente. Mais cette année, nous arrivons à contenter tout le monde. Nous comptons une trentaine d'adhérents. Le souci est que si nous sommes plus nombreux, il nous faudra trouver un producteur supplémentaire. Plusieurs installations d'Amap sont en cours à Matha et à Saint-Sulpice-d'Arnoult. Dans quelque temps, il y aura une stabilisation entre la demande et l'offre en produits bios. »
À Saint-Jean-d'Angély, Croqu'Étyc est une association de consom'acteurs créée en 2004 pour faciliter à tous l'accès à des produits de qualité issu de l'agriculture biologiques ou fermiers de proximité ou bénéficiant du label commerce équitable, en privilégiant un circuit de distribution le plus court possible et payés au prix le plus juste. « Ici, nous avons une problématique inverse des milieux urbains, explique Pascal Biteau, membre fondateur. Nous sommes loin des magasins bio, alors que nous sommes proches des producteurs. Nous nous sommes donc organisés pour pouvoir nous approvisionner en produits issus des fermes et en produits transformés et manufacturés. Dès le départ, le travail a consisté à trouver des fournisseurs locaux et des grossistes. » L'association a référencé une dizaine de producteurs locaux : farine, huile, viande (volaille, agneau, veau et boeuf), laitages, vin, jus de raisin et légumes et fonctionne comme les Amap avec des paniers. Pour le reste, elle édite un catalogue avec près de 300 produits et effectue une commande chaque trimestre. D'un premier groupe de 20, l'association compte aujourd'hui 80 familles adhérentes « Les gens ont une double motivation : le produit et le prix (car s'impliquer dans son acte d'achat cela revient moins cher) et les échanges et les liens que cela crée. » « Nous nous apercevons qu'il y a une grande sensibilité à ce type de démarche chez les générations de 25 à 35 ans que nous n'avions pas au même âge », indique Francis Artaud, membre fondateur et co-président. Véritable outil d'intégration dans le territoire, l'association propose avec 'Affût d'oeil' des projections de films et de documentaires pour se rencontrer, débattre, être témoins et acteurs de la diversité du monde. Commencées à Saint-Jean-d'Angély, ces soirées se déroulent maintenant sur d'autres communes, telle que Tonnay-Boutonne, et remportent un vif succès. (http://collectif-angerien.net)
Si les consommateurs ont su se regrouper, les producteurs leur emboîtent le pas depuis quelque temps.
Les paniers de nos campagnes
L'union faisant la force et constituant surtout une palette d'offres plus attractive. Ainsi, depuis le 17 septembre 2009, les jeudi et vendredi, de 10 h à 19 h, un point de vente collectif de producteurs fermiers, 'Paniers de nos campagnes', a ouvert ses portes dans les locaux de la Chambre d'agriculture, 2 avenue de Fétilly à La Rochelle. Il est né de l'envie réunie de 7 producteurs de l'Aunis et de la Chambre d'agriculture qui leur a apporté son appui technique et mercatique. Ce local, situé à 5 minutes du centre-ville, est très facilement accessible et les produits viennent en grande majorité de fermes autour de La Rochelle. Ils sont tous tracés : le consommateur sait d'où ils viennent, le nom du producteur, le type de production. Le point de vente propose des fruits & légumes, de la viande (agneau, boeuf, canard, porc, veau, volailles), des produits laitiers, fromages, oeufs, miels, pain, confiture, vin, pineau, cognac... Il regroupe une vingtaine de producteurs et environ 200 références en boutique. Des producteurs du pays rochefortais se sont regroupés pour mieux faire connaître leurs produits et développer des circuits courts : L'EARL Le Grand Géant (fruits et légumes) à Tonnay-Charente, le Gaec Le Gué (salade, céleri et choux) à Champagne, Beau rivage et Yannick Combeau (huître et moules) Franck Frioux (huîtres) à Port-des-Barques, Min'Océan (produits de la mer) à l'île Madame, EARL Atlantis (broutard et boeuf) à Saint-Laurent-de-la-Prée, Éric Bruneteau (conserves de ragondins) à Soubise, Les Tamaris (volailles) à Saint-Nazaire-sur-Charente et Le Père au Miel (Miel, pain d'épices, bougies) à Rochefort (coordonnées sur www.paysrochefortais.fr/decouvrir/delicieux). « Ce sont des produits de qualité fait sur le Pays rochefortais, indique Philippe Bégaud de l'EARL Atlantis. Ils ne sont pas forcément bio mais sans OGM et issus d'une agriculture plus que raisonnée. Nous aimerions monter un magasin sur le principe de celui qui a été mis en place au sein de la Chambre d'agriculture à La Rochelle. »
Article rédigé par :
Frédéric GADREAU