Dossier du 24/12/2009 à 12:48
L'Europe au plus près de nous
L'arrachage seul moyen de ralentir l'invasion de la jussie (photo DR)
Les dernières élections l'ont bien montré, l'Europe reste une notion abstraite pour la majorité des français. Pour montrer concrètement son poids dans la Région une série de visites et de démonstrations par l'exemple ont eu lieu, mardi 8 décembre.

Depuis 2007, l'Europe a déjà attribué 108 millions d'euros au Poitou-Charentes, sur une enveloppe globale de 433 millions d'euros pour la période 2007-2013 et 1 500 projets ont déjà vu le jour. Ils ont bénéficié essentiellement du soutien de quatre fonds : le Fonds européen de développement régional (Feder) destiné à accélérer le rattrapage économique des régions les plus pauvres, le Fonds social européen (FSE) destiné à favoriser la création d'emplois de meilleure qualité, tout en mettant l'accent sur la formation professionnelle, le Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader) destiné au développement des zones rurales et le Fonds européen pour la pêche (Fep).
Pour la première fois, mardi 8 décembre dernier, le 4e Comité unique régional de suivi et d'évaluation (Cruse) s'est tenu à La Rochelle, coprésidé par le préfet de Région, Bernard Tomasini, et Jacques Santrot, conseiller régional, représentant de la présidente du Conseil régional. Ce comité, composé de représentants de la commission européenne mais aussi de membres du Secrétariat général des affaires régionales (Sgar) et de ses services déconcentrés (Draaff, DRTEFP, Dram, DRRT, Drire, Diren, Dre)* a pour mission de contrôler sur le terrain le juste emploi des fonds européens. Ce jour-là, la délégation est allée à la rencontre de quatre projets.

La pêche

Petit-fils et fils de mytiliculteurs, Benoît et François Durivaud sont respectivement ingénieur chimiste et technicien hydraulique. Mais en 1997, ils ont repris l'entreprise familiale d'élevage de moules sur bouchots et filières. À l'époque, elle comptait quatre employés. Souhaitant donner un nouvel élan à leur activité, ils ont investi dans un bateau-atelier dernier cri dénommé 'Argo'. Cette embarcation en aluminium de 19 mètres est équipée d'une chaîne de conditionnement embarquée qui permet de produire 600 tonnes de moules par an. L'investissement s'élève à environ 300 000 € HT, subventionné à hauteur de 15 % (51 500 €) par le Fonds européen pour la pêche et 7 à 8 % par la Région. « Il permet de sortir par tout temps et de naviguer dans très peu d'eau jusqu'à 50 cm car le marnage n'est pas suffisant pour assécher les lignes. Nous travaillons avec des pieux en chêne, mais dans le cadre du développement durable nous faisons des essais avec des matières composites et du bambou de Chine, qui pousse en très peu de temps, car les forestiers Français préfèrent couper des stères à
50 cm plutôt que d'avoir des pieux de 6 mètres de long. En Charente-Maritime, la moule de bouchot représente en moyenne 10 000 à 12 000 T de production par an. Cette année, nous sommes sur des rendements de -20 à -25 % par rapport à une année normale. Cette diminution est liée à des phénomènes naturels que nous ne maîtrisons pas, ce qui remet en cause la pérennité de certaines entreprises. Mais nous sommes très soutenus par l'État, la Région et l'Europe. Nous essayons de garder un bon sens paysan. Nous ne voulons pas aller au-delà de ce que la nature est en mesure de nous donner. Ce navire nous a permis en 5 ans de multiplier notre chiffre d'affaires par six. Aujourd'hui, nous sommes dix personnes embarquées à temps plein à bord, plus trois personnes à terre qui s'occupent de l'expédition. Nous commercialisons 10 % de la production de la baie de l'Aiguillon. »

Le social

Les Paniers de la mer sont implantés depuis 2001 au coeur de la criée rochelaise. Ce chantier d'insertion, créé par MM. Luciani, président de la Banque alimentaire de Charente-Maritime, et Leclerc, propose une formation qualifiante en vue de l'obtention d'un diplôme de mareyeur (Certificat de qualification professionnelle), reconnu par l'État et la profession, à des demandeurs d'emplois de longue durée qui rencontrent des difficultés d'insertion professionnelle. Chaque année, une dizaine de personnes est ainsi formée. Depuis sa création, le chantier a permis un retour à l'emploi en CDI de 60 % de ses stagiaires. À la criée, lorsque le poisson n'atteint pas un prix minimum, il est retiré du marché afin de soutenir les cours. Les pêcheurs reçoivent alors une compensation financière, via des fonds européens et français, tandis que le poisson est le plus souvent transformé en farine animale, voire détruit, alors même qu'il est parfaitement consommable. Les Paniers de la mer récupèrent ce poisson dit de 'retrait' et le transforment avant de le conditionner. Frais ou surgelé, les filets (60 tonnes par an) sont ensuite mis à disposition des Banques alimentaires du département qui les distribuent à leurs bénéficiaires. Les Paniers de la mer bénéficient de 74 000 € de subvention dans le cadre du Fonds social européen. Début janvier, l'atelier va déménager sur la zone industrielle de Chef-de-Baie dans un local de 400 m2. Vingt-quatre personnes pourront y traiter 200 à 300 t de poisson. Des accords sont en cours avec les ports de l'Atlantique dont les Sables-d'Olonnes et Arcachon. L'objectif est de produire 200 000 litres de soupe qui seront redistribués aux plus démunis de la région. Ce projet de 450 000 € a été cofinancé par la Région, le Conseil général et la Communauté d'agglomération de La Rochelle. Jérémy qui est passé par l'atelier apporte son témoignage « Les filets de poissons ce n'était pas trop mon affaire. J'ai préféré me diriger sur le négoce de poissons et à l'heure actuelle j'ai obtenu un poste de commercial chez un mareyeur installé sur le port de pêche. Avant d'en arriver là, j'ai fait deux stages en grande distribution pour connaître le poisson, car je n'y connaissais rien du tout, et après j'ai fait un stage chez un mareyeur qui a bien voulu me recruter en CDI. »

Les transports

Depuis le mois d'avril, la ville de La Rochelle a mis en service deux bus de mer électrosolaires. 'Copernic' et son jumeau, 'Galilée' sont les premiers navires de transport de passagers de ce type, capables de naviguer en mer dans des conditions de vagues, de courant et de vent. Fabriqués en matériaux composites, équipés de batteries nickel cadmium et de panneaux photovoltaïques sur leurs toits, ils ont été conçus pour une consommation minimale d'énergie. « C'est une première mondiale, il y avait déjà des bateaux électriques en eau douce mais pas en milieu marin, lance fièrement Denis Leroy, conseiller municipal chargé de la cohérence urbaine et des principes d'aménagement urbain. C'est une vraie révolution. J'ai deux chiffres en tête : quand on fait le plein de l'un de ces deux bateaux c'est
7 € d'énergie pour 100 km parcourus, tandis que pour un bateau qui fume et qui pollue c'est 190 € par jour ! » Ce projet innovant a reçu une subvention de 173 600 € dans le cadre du Feder.

L'environnement

Vendue en France pour la décoration des aquariums ou des bassins, la jussie (ou ludwigia) est une plante vivace aquatique, originaire d'Amérique-du-Sud ou du sud des États-Unis. Introduite dans la nature, elle est vite devenue une redoutable 'envahisseuse' des milieux humides et aquatiques calmes. Aujourd'hui, l'ensemble du territoire picto-charentais est touché. Lorsqu'elle rencontre des conditions favorables, la jussie se développe très rapidement, doublant sa masse toutes les 2 à 3 semaines. Ses tiges peuvent atteindre jusqu'à 6 mètres de longueur. Possédant de grandes capacités de bouturage, elle peut ainsi coloniser toute une rivière, une zone humide ou un plan d'eau. Elle forme des herbiers qui éliminent les autres plantes, notamment le myriophylle qui sert d'abri à la microfaune, aliment de base des poissons. L'écoulement de l'eau se trouve ralenti et les sédiments viennent combler les fonds. La colonisation des prairies et dépressions humides (baisses, jas) restreint les espaces à pâturer car ces plantes sont délaissées par les herbivores. Les activités humaines sont également perturbées : la navigation, l'irrigation, la pêche. Un arrêté ministériel du 2 mai 2007 interdit sur tout le territoire métropolitain sa commercialisation, son utilisation et son introduction dans le milieu naturel. La seule technique d'élimination utilisée est l'arrachage mécanique ou manuel. Mais l'éradication définitive est impossible à cause des capacités de régénération de l'espèce. Les travaux de lutte réalisés depuis plusieurs années dans la région avec le soutien de l'Europe dans le cadre du Feader, permettent toutefois de limiter l'envahissement et de maintenir notamment la richesse écologique des marais de la façade atlantique. Le financement de l'Europe s'élève à 102 000 €.
Pour mieux comprendre les modes d'attribution, accéder aux guides pratiques et aux dossiers de subvention, découvrir d'autres projets financés... Rendez-vous sur www.europe-en-poitou-charentes.eu

*Direction régionale de l'agriculture, de l'alimentation et de la forêt, Direction régionale du travail, de l'emploi et de la formation professionnelle, Direction régionale des affaires maritimes, Délégation régionale à la recherche et aux technologies, Direction régionale de l'industrie et de l'environnement, Direction régionale de l'environnement, Direction régionale de l'équipement).

Article rédigé par :
Frédéric GADREAU

Argos, le bateau atelier de l'entreprise Durivaud permet de produire 600 tonnes de moules par an. (photo F. G.)
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