Dossier du 19/03/2009 à 11:43
Crédit revolving : Attention danger
Chaque jour les boîtes mail sont encombrées de ce genre d'offres alléchantes mais ô combien dangereuses. (repro L'HEBDO)
L'UFC-Que Choisir a mené l'enquête sur les dangers et les méfaits du crédit renouvelable, dit 'crédit revolving' dans le département. Une formule facile, très tentante en période de crise, qui, si l'on s'en sert sans modération, conduit facilement et directement au surendettement.

210 dossiers de surendettement ont été enregistrés par la Banque de France de Charente-Maritime, du 1er décembre 2008 au 26 janvier 2009. C'est énorme !
Il y a là un phénomène qui s'accélère avec la crise, gravement accentué par l'argent facile et rapidement disponible qu'offre le crédit renouvelable, dit crédit revolving.
Le crédit revolving, difficile de passer à côté de ses sollicitations. Il suffit d'une connexion à Internet pour recevoir quotidiennement, et sans le souhaiter, des messages proposant de satisfaire tous vos besoins d'argent : projets d'achats, fins de mois difficile, découverts, regroupement de crédits multiples, etc. Les propositions sont nombreuses et alléchantes, présentées comme la panacée et les démarches faciles comme un clic de souris. Le désenchantement et les soucis viennent par la suite quand le consommateur réalise ce qu'il s'est empressé de signer. Car les vendeurs n'insistent que sur la facilité, la rapidité, le service, omettant de faire état du taux (TEG) qui, dans la plupart des cas frôle le taux d'usure. Il n'est pas rare de voir ces TEG entre 19 et 21 %.
Constatant l'ampleur prise par le phénomène et l'accélération du surendettement, l'UFC-Que Choisir a lancé une grande enquête nationale sur le crédit revolving, relayée par chacune de ses antennes départementales.

Un TEG proche du taux d'usure

En Charente-Maritime, les bénévoles ont mené l'enquête* auprès de quatre grandes enseignes (Darty, But, Leclerc et Carrefour) et neuf établissements de crédit sur le même scénario : l'achat d'électroménager pour un budget de 1 200 €, sans apport personnel. « Le crédit revolving est systématiquement proposé par les grandes enseignes au lieu de conseiller, par exemple, un crédit affecté », explique Micheline Lely, bénévole à l'association de défense des consommateurs. Pour eux, l'argument était que le crédit affecté est conditionné à un montant plancher largement supérieur aux besoins que nous avions, de 1 200 € environ ».
Il faut dire que les slogans sont racoleurs, particulièrement en périodes des fêtes : « Préparez les fêtes en toute sérénité », « Donnez un coup de pouce au Père Noël »,
« Mon argent sous 48 heures pour des fêtes de fin d'année réussies ». Avec ces offres, les emprunteurs ne sont pas censés se soucier du remboursement du crédit puisqu'on leur dit aussi : « Vous remboursez plus tard », et vous « profitez de l'offre
0 % + 0,00 euro pendant 2 mois ». Passé ce délai, la gueule de bois arrive avec un TEG de 21 %.
D'où l'intérêt et l'importance de lire les lignes en bas de contrat, toujours en petits caractères.
43,2 millions de crédits revolving sont actuellement ouverts. En 2007, 52 % des ménages français, soit 13,8 millions de foyers, avaient eu recours à au moins un crédit revolving. Des chiffres effrayants dénoncés par un rapport parlementaire en 2008. Depuis, le gouvernement a décidé de prendre le taureau par les cornes. Un projet de loi vise à encadrer le crédit à la consommation, en particulier le crédit renouvelable, à mieux informer les consommateurs sur les dangers et les conséquences de telles pratiques.
Le Sénat travaille lui aussi, de son côté, sur la problématique du 'malendettement'. Le sénateur Philippe Marini (rapporteur général (UMP) de la commission des finances au Sénat), a déposé, le 19 novembre 2008, une proposition de loi visant à limiter la distribution abusive de crédits, « responsabiliser les acteurs du crédit à la consommation et à lutter contre le surendettement ». Les associations de consommateurs espèrent que les dispositions du rapport Marini se verront portées au projet de loi du gouvernement tant il apparaît que le sénateur a clairement cerné le problème et ses possibles solutions.
Les charentais-maritimes sont-ils plus particulièrement exposés aux conséquences du crédit revolving ? Pas plus qu'ailleurs semble-t-il. La Banque de France révèle qu'en juin 2008, 84 % des ménages surendettés avaient souscrit des crédits non assortis d'une échéance (crédit renouvelable, découvert...), pour un montant moyen de 19 109 €. En Charente-Maritime, 80 % des
210 dossiers de surendettement déposés à la BdF comprennent au moins un crédit revolving, ce chiffre pouvant monter jusqu'à 6.

Le crédit toxique au secours de la consommation

À force de forcing, les associations de consommateurs ont réussi à attirer l'attention du gouvernement qui devrait annoncer prochainement un projet de loi pour lutter contre les abus du crédit à la consommation. Christine Lagarde, ministre de l'Économie, estime que le crédit à la consommation « doit être raisonnable  et responsable ». Difficile, cependant, pour le gouvernement d'être trop vindicatif vis-à-vis des banques et des établissements de crédit puisque les pratiques décriées et les crédits dits 'toxiques' financent environ 10 % de la consommation des ménages. À l'heure où les banques et l'économie nationale ont besoin de circulation d'argent et de consommation, il serait malvenu de la part du gouvernement de couper les ailes au crédit.
Après avoir longtemps pataugé dans les bonnes intentions, les politiques semblent avoir pris la mesure du désastre pour les ménages fragiles et surendettés. Ils semblent surtout avoir compris la perfidie des moyens employés par les banques pour harponner les clients crédules et menottés par les dettes. Ils ont donc travaillé à six mains et trois cerveaux sur un projet de loi qui sera soumis au Conseil d'État et au conseil des ministres du 15 avril. Pour cela, Christine Lagarde s'est adjoint les lumières de Luc Chatel, secrétaire d'État à la consommation, et Martin Hirsch, haut-commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté.
Sont plus particulièrement dans le collimateur : la publicité de ces crédits toxiques et les conditions de commercialisation des crédits. Pour ces dernières, une période de rétractation de 7 à 8 jours est proposée pour éviter la vente de 'crédits à la sauvette' dans les magasins. Les établissements devront, de surcroît, informer les emprunteurs des contraintes liées au crédit et vérifier leur niveau d'endettement.
La publicité sera, quant à elle, encadrée 'pour empêcher les pratiques agressives', qui font passer le crédit pour un complément de revenus ('un chèque sur simple coup de fil', 'virement express sans justification', etc.).
Il est cependant une mesure qui ne figure pas à la réforme du crédit renouvelable, qui fait dire à Martin Hirsch qu'il n'est que « partiellement satisfait de ces mesures ». Le haut commissaire demandait, entre autres, l'interdiction du couplage cartes de fidélité des magasins et réserves d'argent (crédit revolving). Il souhaite également une baisse du TEG des crédits renouvelables et que la part du remboursement du capital soit plus importante, par rapport à celle des intérêts.
Les établissements de crédits et les banques françaises ont ouvert
43,2 millions de crédits renouvelables en 2007, représentant une somme estimée à 136,4 milliards d'euros. Entre octobre 2007 et octobre 2008, les profits des établissements de crédit et des banques avaient progressé de 19 % sur le créneau du crédit revolving. Le projet de loi se présente comme une bouffée d'espoir pour les classes dites 'populaires' principales cibles et victimes du crédit renouvelable. 41,5 % de ces crédits sont ouverts au profit de ménages ayant un revenu annuel compris entre 11 500 € et 21 000 €. Les ouvriers sont les premiers touchés, suivis par les personnes âgées.

* L'enquête s'est déroulée entre le 15 et le 22 janvier 2009.

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