Dossier du 18/02/2009 à 15:55
Fini le consensus maintenant ça flingue
Le Pays rochefortais préfère mettre ses billes dans la liaison cadencée plutôt que dans la ligne à grande vitesse. (photo J.-P. B.)
C'était OK Corall, vendredi 13 février, au Conseil général lors de l'ouverture de la session budgétaire. Le président Bussereau a été la cible des snippers de la gauche. Au coeur de la polémique, la double casquette de Dominique Bussereau et le reproche qui lui est fait de ne pas assez oeuvrer pour le département.

Vendredi 6 février, Dominique Bussereau, président du Conseil général 17 conviait la presse pour présenter son budget 2009.
Jeudi 12 février, Bernard Lalande, conviait la presse au titre de représentant des élus de gauche, afin de critiquer le budget présenté et donner à voir ce qu'aurait pu être celui des forces d'opposition.
Autant dire que la presse avait déjà tous les éléments en main avant la séance publique d'ouverture de vendredi 13 février. Il était donc tentant, ce vendredi matin, de rester au chaud, au bureau pour peaufiner l'article sur le budget 2009 et son augmentation de
5,5 % de la fiscalité, fortement réprouvée par la gauche qui estime que le trésor de guerre du département pouvait autoriser de se passer de cette hausse.
Mais il eut été dommage de ne pas assister aux passes d'armes qui ont eu lieu, à propos de sujets attendus, l'autoroute A831 et la ligne LGV en particulier. Par quelques interventions d'une rare virulence, on a oublié l'habituelle consensualité qui règne au sein de l'assemblée départementale. L'ère Belot et son 'parti charentais-maritime' est bien révolue. Il y a bien, maintenant la droite, d'un côté, la gauche de l'autre et, entre les deux, un fossé qui s'est un peu plus creusé ce vendredi 13. Avec une date pareille, on aurait dû se douter de quelque chose...

« On nous enfume  »
La vedette de cette séance publique n'aura donc pas été le budget, puisque déjà vu et commenté (voir l'HEBDO n° 592 du jeudi 12 février). On sait que la fiscalité va augmenter de 5,5 % et que le recours à l'emprunt va être plus important pour faire face à des recettes en baisse. Les droits de mutation, cette manne issue de ponctions sur les transactions immobilières, sont inscrits dans une baisse conséquente puisque des 92 millions d'€ perçus en 2007, descendus à 82 millions en 2008, le département ne prévoit que  69 millions pour 2009. C'est 13 millions d'€ qui passent à la trappe pour cause de crise.
Mais Dominique Bussereau n'entend pas céder à la sinistrose et propose, selon lui, un budget
« délibérément ambitieux ». Faux, rétorque la gauche qui ne voit là qu'un budget « à contretemps et à contresens » et en aucun cas un budget de relance (lire en encadré).
C'est Jean-Pierre Mandroux qui a mis le feu aux poudres et a mis le président Bussereau en gros pétard. « Je voudrais vous parler de l'autoroute A831 », lance l'élu de La Rochelle VII. Après les déclarations de Marylise Fleuret-Pagnoux, on s'attendait bien à ce que le sujet revienne en session. Jeudi 12 février, elle déclarait à la presse : « On a un secrétaire d'État aux transports, président du Conseil général de la Charente-Maritime, qui n'est pas fichu de mettre dans le plan de relance notre projet d'autoroute. (...) On peut s'interroger sur l'efficacité de ce secrétaire d'État ». C'est donc Jean-Pierre Mandroux qui s'y colle : « Vous nous annonciez, monsieur le président, que les travaux de la future autoroute ne figurant pas dans la première mouture du plan de relance, vous alliez demander rien de moins qu'un rendez-vous avec le président de la République pour qu'il intègre ces travaux dans le projet de plan de relance. Eh bien, en janvier, dans une interview, M. Bougrain-Dubourg (Ndlr. président de la LPO) nous révèle qu'il n'a reçu aucune commande pour le volet d'étude écologique de ce dossier, dont on avait parlé ici même il y a maintenant un an. Quel parlementaire, quel maire, quel conseiller général de cette assemblée peut penser réellement, alors que les études d'un dossier aussi important et aussi stratégique ne sont pas finalisées, qu'on puisse engager les travaux dès cette année. Même les appels d'offres ne sont pas lancés. Moi, je trouve qu'on nous prend un peu pour des idiots. On nous promène, on nous enfume, et en attendant, ce dossier essentiel pour l'économie de notre département et pour tout l'Aunis qui l'attend, est retardé. Nous voulons vous faire part de notre profond mécontentement sur ce dossier qui n'a que trop tardé et nous voulons, maintenant, ici, une décision ».

Une tête, deux casquettes
Jean-Pierre Mandroux aurait pu arrêter là sa charge contre le président Bussereau, mais le pire ou le meilleur (selon où l'on se place) était à venir. « Michel Crépeau et Claude Belot n'ont eu de cesse, eux, en leur temps, que de défendre les intérêts de notre département en lui consacrant 150 % de leur temps, de leurs forces et de leur énergie. Et en regroupant ces forces sur tous les dossiers importants et structurants. Moi, je pense que nous sommes en droit d'attendre, et les charentais-maritimes aussi, de notre président, vous-même, qu'il soit à la hauteur de ses prédécesseurs dans l'engagement. Quand la situation l'exige, il faut se concentrer sur l'essentiel pour obtenir des résultats tangibles et concrets. C'est de ça qu'on a besoin. À un moment historique et grave, vous consacrez 150 % de votre temps à votre boulot de secrétaire d'État. Nous, on est en droit d'attendre que vous soyez très présent auprès des entreprises et de leurs salariés et au service des projets de notre département ».
La réponse ne s'est pas fait attendre. « M. Mandroux, je déteste votre intervention, fulmine le président. Je la déteste parce qu'elle est détestable sur le ton et sur l'attaque personnelle. Sur l'A831, cette autoroute est prête à démarrer. Il y a une décision politique qui a été retardée du fait de l'état d'esprit nouveau du Grenelle de l'environnement. Je le regrette, je ne suis pas le ministre d'État en charge de l'écologie. Nous avons écrit, avec tous les parlementaires de la majorité de ce département, à Jean-Louis Borloo pour lui exprimer notre mécontentement dans cette affaire. »

Pas un kopeck pour la LGV
Après la route, c'est le rail qui a enflammé les débats. On sait Dominique Bussereau très attaché à la réalisation de la LGV sud Europe Atlantique qui reliera l'Espagne à grande vitesse. Un projet à gros budget pour lequel les partenaires procèdent actuellement aux tours de tables nécessaires. Si beaucoup ont répondu présent, le Pays rochefortais fait la sourde oreille et ne souhaite pas mettre la main à la poche. Ce qui, une fois de plus, fâche Dominique Bussereau. « Je regrette que la communauté d'agglomération du pays rochefortais se distingue comme étant la seule, en Charente-Maritime, à ne pas participer à ce projet. Ce qui n'est pas une bonne chose car Rochefort sera forcément impactée en gain de temps, en tous les sens, par l'arrivée du TGV. J'espère que cette position de non-solidarité sera revue par le Pays rochefortais car les CDA du Pays rochelais, du Pays royannais l'ont déjà voté ».
La réponse de Jacques Boucher n'ira pas pour le rassurer sur ce point, ni esquisser un quelconque changement d'avis des élus du Pays rochefortais. « Vous stigmatisez le Pays rochefortais qui ne participera pas au co-financement que vous évoquez, lance l'élu du Rochefort-sud. Ce projet est très éloigné de nos préoccupations et, lors d'une réunion à Bordeaux, il me semble avoir entendu un tout autre discours que la grande unanimité dont vous parlez aujourd'hui. Je vous rappelle que le Pays rochefortais est géographiquement à 120 km de la ligne à grande vitesse et nous avons notre libre arbitre en tant qu'assemblée. Nous ne sommes pas particulièrement aux ordres et ne sommes pas tenus de réagir favorablement dès lors que vous nous envoyez un courrier. Du président/ministre ou du ministre/président, il va falloir que nous ayons des réponses différenciées et là, j'ai du mal à savoir lequel nous interroge et qui est qui. Et si c'est le président qui demande à la Capr d'abonder à une décision du ministre, je dis qu'il y a confusion des genres ».
Pour ce projet à plus de 5 milliards d'€, 2,2 millions sont demandés au Pays rochefortais. Jacques Boucher explique que les préoccupations ferroviaires de la Capr sont ailleurs, sur la liaison cadencée Rochefort/La Rochelle, en particulier. « La liaison cadencée qui connaît un franc succès, répond à un problème de proximité, pour des gens d'ici et non pas à des besoins, certes structurants à l'échelle de l'Europe, mais à 120 km de là ».
Il rappelle que, n'ayant pas reçu les subsides promis de l'État, la Capr doit faire face seule au déficit de cette ligne et préfère y mettre le budget nécessaire plutôt qu'offrir 2,2 millions d'€ à la LGV. Et de porter l'estocade sur le même thème que son collègue Mandroux :
« Quand vous, président ou secrétaire d'État, vous ferez votre travail sur ce qui concerne les charentais-maritimes, pour la proximité, on pourra peut-être envisager un autre discours. Et je persiste et signe ! »
« Vous persistez et vous signez dans l'erreur, réplique le président/ministre. Cette ligne à grande vitesse profite déjà à Rochefort. Le trafic de la gare de Surgères est fait en grande partie par le Pays rochefortais. Mais vous avez raison, c'est votre libre arbitre. Permettez-moi de le déplorer en tant que président du Conseil général, mais aussi que responsable de la politique des transports de ce pays ».
D'évidence, il s'est passé quelque chose lors de cette session. Quelque chose que l'on pressentait depuis l'arrivée de Dominique Bussereau à la tête de l'assemblée départementale, une agressivité montante dans les débats, la fin d'un consensus droite/gauche qui portait la patte de Claude Belot. Certains regretteront cette époque, d'autres se satisferont de ce clivage grandissant. Il est seulement à souhaiter que cette politique politicienne ne nuisepas à l'intérêt général et que les 51 conseillers généraux continuent à oeuvrer pour le département et ses habitants.


Article rédigé par :

Actualité Flash info
Qu'en pensez-vous ?
Recyclez-vous vos textiles et vêtements?
Oui, je les donne à des associations
Oui, je les donne à des membres de ma famille
De temps en temps, il m'arrive de les donner
Oui, je les revend
Non, je les jette à la poubelle

Il y a 1 réaction à cet article

De Vivre Bien en Aunis V. (Aigrefeuille)
Posté le 28 02 2009
Projet A831
M.Mandroux affirme que l’A831 est essentiel pour l’économie et que tout l’Aunis l’attend. Et bien cette affirmation est fausse : heureusement que tout l’Aunis n’attend pas ce projet pour développer son économie. Il faut savoir qu’une autoroute ne provoque pas forcement un développement économique. Voir http://latts.cnrs.fr/site/tele/rep1/effets structurants du tran.doc http://non-a831.com